Les manifestants ont en particulier pris pour cible la mesure pénalisant la diffusion de l'image des forces de l'ordre si elle porte "atteinte" à leur "intégrité physique ou psychique", adoptée dans un climat tendu à l'Assemblée nationale vendredi soir.

A Lille, quelque 800 personnes selon la préfecture se sont rassemblées, s'insurgeant contre cette disposition. "C'est une loi faite par la police" qui "menace la liberté d'informer, de s'exprimer, de manifester", a estimé Maud, étudiante de 27 ans.

"Il y a une volonté de brimer la libre expression des opinions", a aussi dénoncé Philippe Vervacke, militant à la Ligue des droits de l'Homme. "Les policiers sont des agents de l'État, ils doivent pouvoir répondre de ce qu'ils font", estimait pour sa part Julie, 46 ans, au chômage

"Dictature en marche", "big brother is watching you", "plus de sécurité sociale, moins de sécurité globale", "des vidéos pas des lacrymo", pouvait-on lire sur les pancartes brandies par les manifestants.

A Rennes, plus d'un millier de personnes se sont rassemblées place de la République, selon les organisateurs. De nombreux jeunes étaient présents avec des pancartes "Baissez vos armes, nous baisserons nos téléphones", "L'appareil photo, lui, n'a jamais tué personne", "Loi totalitaire globale" ou "1984 n'était pas censé être un mode d'emploi".

Avec ce "texte aux relents autoritaires", "la porte est ouverte au musellement de l'information par le pouvoir en place quel qu'il soit", a estimé Stéphane de Vendeuvre, co-président du club de la presse de Bretagne, assurant que cette manifestation n'était que "le début d'une longue contestation".

"Cette loi est une loi scélérate (...) qui intervient dans un contexte déjà dramatique pour la liberté de la presse dans ce pays", a abondé Tristan Malle, secrétaire général du syndicat de journalistes SGJ-FO.

Une partie des manifestants a tenté de partir en cortège, mais a vite été arrêtée par la police qui a fait usage de gaz lacrymogènes.

A Montpellier, environ 1.300 manifestants (selon la préfecture) ont défilé en fin de matinée, avec également de nombreux slogans comme "Police sans contrôle, population sous contrôle".

"Observer ce qui se passe, vérifier que les forces de police ne commettent pas d'actions dangereuses, c'est la moindre des choses quand on est journaliste", a estimé Gil Martin, 49 ans, journaliste à Actu.fr, auprès de l'AFP.


Pour Sophie Mazas, présidente de la Ligue des Droits de l'Homme de Montpellier, "la loi sécurité globale nous fait basculer dans une société autoritaire, qui cible la population".

Julien Brès, cadre commercial de 44 ans, a estimé que "sortir cette loi maintenant, c'est un calcul opportuniste du gouvernement, dans le seul but de préparer dans un an et demi le duel Macron-Le Pen à la présidentielle 2022". "Le but de Macron est de droitiser le débat au maximum", a-t-il ajouté.

Incidents à Paris

Des rassemblements ont eu lieu dans plusieurs autres villes françaises, notamment à Marseille, Limoges, Toulouse et Paris, où des incidents ont éclaté entre les forces de l'ordre et les manifestants.


Aux alentours de 17h, après l'ordre de dispersion diffusé par les forces de l'ordre, la tension est peu à peu montée sur la place du Trocadéro où plusieurs milliers de personnes s'étaient rassemblées depuis 14h30 dans le calme pour défendre notamment la liberté de la presse.

Des poubelles ont été incendiées et une petite dizaine de manifestants ont jeté des projectiles sur les forces de l'ordre qui ont répliqué en faisant usage à plusieurs reprises de canons à eau, a constaté le journaliste de l'AFP.

Alors que résonnaient des chants "Tout le monde déteste la police", certains manifestants imploraient, en vain, d'"arrêter" le caillassage pour ne pas ternir ce rassemblement.

Pendant ces incidents, la majorité des participants se tenaient par ailleurs en retrait et continuaient d'être rassemblés pacifiquement sur la place.

Une première mobilisation mardi soir à Paris contre ce texte de loi qui veut notamment encadrer la diffusion des visages des policiers avait donné lieu à des heurts et conduit à l'interpellation de 33 personnes, dont un journaliste de France 3.