"Avant de nous pointer du doigt, ils devraient mettre à l'agenda de leurs réunions les gilets jaunes en France et les terribles fusillades aux Etats-Unis", a déclaré M. Loukachenko lors d'une réunion de son conseil national de sécurité, selon des citations de l'agence de presse nationale BelTA. "Je voudrais qu'ils se penchent d'abord et surtout sur les manifestations anti-confinement en Allemagne et dans d'autres pays en Europe (...) Ils ont de nombreux problèmes. Ils ne devraient pas pointer du doigt le Bélarus pour détourner l'attention des problèmes qui existent en France, aux Etats-Unis, en Allemagne, etc.", a-t-il ajouté. 


Les dirigeants européens se réunissaient par visioconférence mercredi pour un sommet extraordinaire sur la crise au Bélarus, où les opposants au président Alexandre Loukachenko ne désarment pas après onze jours de manifestations consécutives. Juste avant la réunion, la figure de proue de l'opposition bélarusse, Svetlana Tikhanovskaïa, a exhorté les 27 de l'UE à rejeter les résultats de la présidentielle du 9 août jugée "frauduleuse". 

Les dirigeants européens devraient une nouvelle fois appeler le président bélarusse au dialogue avec ses opposants, dénoncer le résultat de la présidentielle et inciter le président russe Vladimir Poutine à faire pression sur son allié Alexandre Loukachenko. En outre, l'UE travaille à une extension des sanctions contre Minsk, dont le principe a été acté vendredi lors d'une réunion des ministres des Affaires étrangères. L'attitude de Moscou, plus proche partenaire politique, économique et militaire de Minsk, est cruciale quant à l'issue de la crise. 

Jusqu'à présent, M. Poutine a apporté un soutien prudent à son voisin, mettant en garde contre toute "tentative d'ingérence étrangère" au Bélarus. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergeï Lavrov, a estimé ce mercredi que des puissances étrangères utilisaient la crise au Bélarus pour se mêler des affaires intérieures de ce pays. Cité par des médias russes, il a jugé inutile toute médiation extérieure. S'il reconnaît que les élections présidentielles ne se sont pas bien déroulées, il dit espérer que l'opposition bélarusse soit disposée à discuter avec Alexander Loukachenko. Un porte-parole du Kremlin a ajouté que Moscou ne voyait aucune raison d'assister le Bélarus militairement ou dans d'autres domaines, invitant ce pays à régler seul ses affaires. 

Les témoignages de violences contre les manifestants anti-Loukachenko ont afflué ces derniers jours. Les 27 ministres des Affaires étrangères de l'UE se sont mis d'accord vendredi sur le principe d'une extension des sanctions contre des responsables du régime de Loukachenko. L'UE met au point une liste de personnes accusées d'avoir falsifié le résultat de la présidentielle et d'avoir organisé la répression des manifestations. Il faut l'unanimité des 27 -sans aucune abstention- pour que cette liste soit adoptée. Le Bélarus est toujours sous le coup d'un embargo sur les ventes d'armes et de matériel pouvant être utilisé pour la répression. Quatre personnes sont déjà interdites de séjour dans l'UE et leurs avoirs ont été gelés depuis 2016. Les nouveaux noms s'ajouteront à cette liste.