M. Darmanin avait annoncé sa plainte dans un tweet dimanche soir, dénonçant une interview dans laquelle Mme Pulvar jugeait "assez glaçante" la manifestation policière devant l'Assemblée nationale mercredi 19 mai.

"Il y a eu une augmentation grosso modo de 80% en 15 ans des attaques contre les policiers, 40% contre les gendarmes", a insisté le ministre lundi sur France Bleu Provence: "C'est pour ça que tous les propos qui légitiment ces attaques, qui viennent toucher notre police, lui retirer son honneur, comme ceux de Mme Pulvar qui sont totalement scandaleux ce week-end, doivent être poursuivis et condamnés. C'est ce que j'ai voulu faire".

Une manifestation "soutenue par l'extrême droite, à laquelle participe un ministre de l'Intérieur, qui marche sur l'Assemblée nationale pour faire pression sur les députés en train d'examiner un texte de loi concernant la justice, c'est une image qui pour moi était assez glaçante", avait expliqué l'ex-journaliste samedi sur franceinfo.

Il s'agit d'une plainte pour "diffamation" qui vise "une succession de propos", a précisé à l'AFP l'entourage de M. Darmanin, lui-même candidat aux régionales dans les Hauts-de-France et aux départementales dans le Nord.

Me Patrick Klugman, avocat d'Audrey Pulvar, a annoncé à son tour lundi déposer une plainte pour "dénonciation calomnieuse" contre Gérald Darmanin, qui devra être instruite par la cour de justice de la République, ainsi qu'une plainte pour "diffamation" devant les juridictions ordinaires.

M. Darmanin "assigne au silence une candidate à une élection, ce que nous ne pouvons interpréter autrement que comme une grossière manoeuvre d'intimidation", a dénoncé Me Klugman lors d'une conférence de presse.

La plainte du ministre de l'Intérieur vise également une vidéo de juin 2020, exhumée samedi sur Twitter par Pierre Liscia, porte-parole de Libres!, le mouvement de Valérie Pécresse, candidate à sa réélection en Île-de-France, a précisé l'entourage du ministre. Audrey Pulvar y dénonce "le racisme dans la police" en France, lors d'une manifestation à Paris en hommage à George Floyd, cet Afro-américain tué par un policier à Minneapolis.

Interrogé par l'AFP sur la prescription frappant ces propos - le délai est de trois mois en matière de diffamation -, l'entourage de Gérald Darmanin a répondu qu'ils pouvaient "être versés en accompagnement de la plainte pour l'étayer".

La liste de Mme Pulvar, "Ile-de-France en commun", avait réagi dès dimanche soir en fustigeant "une atteinte à la liberté d'expression d'une extrême gravité".

"Jusqu'ici dans une démocratie, on pouvait encore exprimer une opinion sans que le ministre chargé des élections ne se sente autorisé à intimider une adversaire politique. Total soutien à @AudreyPulvar", a tweeté de son côté le Premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure dans la nuit de dimanche à lundi.

"Du jamais vu!", a tweeté à son tour lundi la maire PS de Paris anne Hidalgo: "À quelques semaines de l'élection régionale, le ministre de l'Intérieur porte plainte pour diffamation contre une candidate tête de liste en Île-de-France. Heureusement nous sommes dans un État de droit. J'ai toute confiance dans la justice de mon pays".

Plusieurs responsables politiques de gauche, dont Anne Hidalgo, Olivier Faure et l'écologiste Yannick Jadot, s'étaient joints à ce rassemblement organisé par les syndicats de policiers, ainsi que des élus de tous bords politiques, du Rassemblement national au Parti communiste.

Seuls les responsables de La France insoumise se s'étaient abstenus d'y participer.