Paris, Bordeaux, Lyon, Strasbourg, Marseille, Grenoble, Clermont-Ferrand, Caen... De multiples rassemblements ont eu lieu contre ce texte dénoncé comme attentatoire à la liberté d'expression et à l'Etat de droit. Dans certaines villes, les manifestations ont commencé dès samedi matin. Marquées par des heurts dans plusieurs villes, les marches des libertés ont rassemblé samedi en France 133.000 personnes, selon un comptage du ministère de l'Intérieur effectué à 18H00. Au total, 46 personnes avaient été interpellées à Paris et en région, ainsi que 23 membres des forces de l'ordre ont été blessés dans la capitale et 14 autres en région, a indiqué le ministère de l'Intérieur.

Dans la capitale, il y avait 46.000 personnes, selon le ministère de l'Intérieur, soit beaucoup plus que la semaine passée où 7.000 manifestants avaient été dénombrés. La manifestation a commencé à 14h, le cortège reliant la place de la République à la place de la Bastille. Des affrontements ont éclaté entre les policiers et des manifestants au niveau de la place de la Bastille. Des jets de projectiles et de grenades lacrymogènes ont été échangés entre les deux groupes, les manifestants se sont retranchés derrières des barricades.

Contrastant avec un défilé globalement calme dans l'après-midi, des affrontements ont opposé manifestants et forces de l'ordre, qui ont utilisé en fin de journée les canons à eau, au point d'arrivée du cortège, place de la Bastille. Neuf personnes avaient été interpellées vers 18H15.

Des groupes de manifestants ont formé des barricades et allumé plusieurs feux qui dégageaient de grands panaches de fumée et une odeur acre. Les feux qui ont touché un kiosque, une brasserie et une façade de la Banque de France ont été maîtrisés vers 18H00 tandis qu'une partie de la place était noyée sous les lacrymogènes.

Un journaliste indépendant d'origine syrienne a été également blessé au visage pendant une charge de police tout comme plusieurs manifestants, a constaté une journaliste de l'AFP.

"On a commencé par démanteler les droits des travailleurs et maintenant on s'en prend aux libertés fondamentales et aux basiques de notre démocratie, la liberté d'expression, d'information", a dénoncé Sophie Misiraca, 46 ans, avocate en droit social au barreau de Paris.


Certains manifestants s'en sont également pris à des voitures. Le long du parcours, du mobilier urbain a été détruit et plusieurs voitures incendiées, nécessitant l'intervention des pompiers tandis que le reste du cortège poursuivait son défilé.


© AFP

Gérald Darmanin a condamné sur son compte Twitter "des violences inacceptables contre les forces de l'ordre". Sur les réseaux sociaux, plusieurs vidéos ont circulé montrant des policiers violemment pris à partie, frappés en étant parfois à terre...


Plusieurs milliers de personnes se sont également rassemblées à Marseille, Rennes, à Lille ou encore à Montpellier. "Ces lois-là sont faites pour museler les oppositions, les résistances", estime Thérèse Bourgeois, de La Ligue des droits de l'Homme dans le cortège marseillais.

Des milliers de personnes ont défilé à Lyon, où des manifestants et un policier ont été blessés par des jets de projectiles lors de débordements. A Strasbourg, 1.500 manifestants selon la préfecture et près de 3.000 selon les médias locaux et l'AFP ont défilé aux cris de "tout le monde peut filmer la police".


Samedi dernier, la mobilisation à l'appel du collectif "Stop! Loi sécurité globale", qui rassemble des syndicats de journalistes, des ONG, l'association de la presse judiciaire, la Ligue des droits de l'Homme (LDH) et d'autres associations avait rassemblé environ 22.000 personnes sur l'ensemble du territoire, selon les autorités.

A Lille (nord), entre 1.000 et 1.500 personnes, avec à leur tête la maire Martine Aubry, se sont rassemblées sous le slogan "Liberté, égalité, filmez !". "Plus de flashes, moins de flash-ball !": entre 1.400, selon la préfecture, et 4.000 personnes selon les organisateurs, ont manifesté samedi après-midi à Lille pour le retrait de la loi "sécurité globale", après un rassemblement qui avait réuni plusieurs centaines de personnes dans la matinée.

"La démocratie à l'article 24 de la mort", "loin des yeux, près des coups", "floutage de gueule", clamaient les pancartes brandies dès 13H00 face à la préfecture, à l'appel notamment du syndicat Sud solidaires et des "gilets jaunes" lillois.

La foule compacte - composée d'étudiants, de lycéens, de quelques dizaines de "gilets jaunes", de militants de la France insoumise, du PCF et de mouvements comme Attac ou Extinction rebellion - dénonçait en particulier l'article 24 de la proposition de loi, qui prévoit de restreindre la possibilité de filmer les forces de l'ordre.

A Montpellier (sud), ils étaient 4 à 5.000, brandissant des pancartes clamant "Plus de flics que de médecins - sens des priorités" ou "Démocratie floutée". A Rennes (ouest), Maud, 45 ans, était là pour protester contre ce "réel déni démocratique" et la "dérive autoritaire". Des tensions ont éclaté entre les forces de l'ordre et les manifestants, dans la ville bretonne. Plusieurs dégâts ont été constatés place de la République, où le cortège s'est rassemblé. La police a utilisé un canon à eau pour disperser la foule.


Au cœur de la contestation qui a débordé jusqu'à entraîner une crise politique, figurent trois articles de la proposition de loi "Sécurité globale", qui a déjà reçu un feu vert de l'Assemblée nationale la semaine dernière, encadrant la diffusion de l'image de policiers, l'usage de drones et des caméras-piétons des forces de l'ordre.

"Cette proposition de loi vise à porter atteinte à la liberté de la presse, à la liberté d'informer et d'être informé, à la liberté d'expression, en somme aux libertés publiques fondamentales de notre République", juge la coordination appelant aux rassemblements.

L'article 24, qui a focalisé les attentions, réprime d'un an de prison et 45.000 euros d'amende la diffusion "malveillante" d'images de policiers et gendarmes. Le gouvernement avance que cette disposition vise à protéger les policiers victimes d'appels à la haine et au meurtre sur les réseaux sociaux.


Mais ses détracteurs font valoir que bon nombre de violences policières seraient restées impunies si elles n'avaient pas été capturées par les caméras de journalistes et les smartphones de citoyens. Ils pointent aussi une disposition inutile, l'arsenal juridique actuel étant suffisant pour réprimer de tels délits.

Deux affaires de violences policières cette semaine, révélées par des vidéos, ont transformé une passe difficile pour le gouvernement en véritable crise.

Lundi, lors d'une opération médiatique d'organisations pro-migrants, la police a évacué brutalement ceux qui s'étaient installés sur une place du centre de Paris, malmenant également des journalistes sous l'oeil des caméras et des smartphones.

Mais le paroxysme a été atteint jeudi après la publication d'images de vidéosurveillance montrant le passage à tabac d'un homme noir, producteur de musique, par trois policiers.