Europe

Le ministre de l’Intérieur Matteo Salvini s’est armé de nouvelles lois pour poursuivre sa guerre contre les navires humanitaires et la migration, son cheval de bataille politique. 

Par 160 voix contre 57, le Sénat italien a donné ce mardi le feu vert à un décret de sécurité qui sanctionne sévèrement toute organisation venant en aide aux demandeurs d’asile. Une victoire symbolique et politique de plus pour le parti italien d’extrême droite La Lega et son patron et auteur du texte, Matteo Salvini. Celui-ci renforce ainsi son emprise sur la coalition entre son parti et le Mouvement 5 Étoiles (M5S) et ainsi, sur la politique italienne.

En adoptant ce décret, les sénateurs du M5S, fondé par Beppe Grillo, se sont pliés aux consignes de vote de M. Salvini, malgré les tensions internes au gouvernement qui font constamment craindre des élections anticipées. Au sein du M5S, parti antisystème difficile à situer sur l’échiquier politique, des voix s’étaient élevées pour dénoncer ce texte "liberticide". Ainsi, Gregorio De Falco, ancien officier des garde-côtes, avait-il appelé ses collègues à faire preuve de "courage", parlant de "règle criminogène et mortifère" qui allait "faire mourir les gens en mer". En vain. Le M5S s’est rangé derrière La Lega, essuyant une pluie de critiques pour sa "lâcheté".

Un million d’euros d’amende

Désormais, les bateaux pénétrant les eaux territoriales italiennes sans autorisation - à l’image du navire Sea-Watch 3, qui avait forcé le blocus italien pour débarquer des migrants - risqueront une amende allant jusqu’à 1 million d’euros, contre 50 000 avant l’adoption du décret. Les capitaines ignorant cet ordre seront arrêtés et les navires saisis. Aussi, le texte prévoit l’interception préventive d’un navire de sauvetage et dix ans de prison en cas de résistance.

M. Salvini cherche à intimider les prochains navires humanitaires qui frapperont aux portes des ports italiens. Mais à l’heure d’écrire ces lignes, le bateau Open Arms était toujours coincé en Méditerranée avec 121 migrants à bord. "C’est notre rôle de débarquer ces gens ici. Que l’Italie, Malte ou même l’Union européenne se mettent au travail et cherchent une solution, car on bafoue les droits de ces gens", a réclamé lundi l’ONG.

Mais, face au blocus italien, les autres pays côtiers européens se renvoient la balle, tandis que l’UE peine à trouver une solution pour coordonner les débarquements de migrants sauvés en Méditerranée.