L’augmentation de la dépense publique doit amortir l’effet Brexit.

Le Premier ministre britannique Boris Johnson a décidé d’agir résolument contre l’épidémie de coronavirus. S’il n’a pas annoncé la fermeture des écoles ou le bouclage de régions du pays malgré la propagation du virus (on est passé mercredi de 83 à 456 cas pour 6 décès), il entend soutenir l’économie et en particulier les petites entreprises. À l’occasion de la présentation du budget pour 2020/21, qui commence début avril, son nouveau chancelier de l’Échiquier (ministre des Finances) Rishi Sunak a annoncé mercredi à la Chambre des communes une enveloppe de 12 milliards de livres sterling (environ 14 milliards d’euros) destinée à "faire tout le nécessaire" pour protéger le pays et rassurer les Britanniques "inquiets à propos de leur santé, la santé de leurs proches, leur emploi, leur revenu, leur entreprise, leur sécurité sociale. Et ils sont encore plus inquiets lorsqu’ils entendent à la télévision les discussions de marchés qui s’écroulent et de difficiles temps à venir".

Exceptionnelles mais superflues

Parmi les mesures dévoilées : la suspension pour un an des taxes locales pour les petites entreprises, un soutien financier aux banques pour qu’elles débloquent des crédits jusqu’à 1,2 million de livres (1,4 million d’euros) pour couvrir un arrêt d’activité lié au coronavirus, un remboursement par l’État des congés maladies liés au coronavirus pour les entreprises de moins de 250 entreprises et la possibilité pour les travailleurs de bénéficier d’un congé maladie payé (l’équivalent de 110 euros par jour) en cas d’arrêt d’activité sans être atteint par le virus.

Ces mesures exceptionnelles ne semblent pas superflues. Rishi Sunak, nommé il y a moins d’un mois, a prévenu que "20% des actifs pourraient être obligés de quitter leur emploi à un moment, alors que les chaînes d’approvisionnement sont perturbées dans le monde entier. Cette combinaison (...) signifie que notre capacité de production sera réduite pendant un temps. Il y aura également un effet sur la demande via une réduction des dépenses des consommateurs".

Suite au Brexit, et plus encore après avoir remporté l’élection générale du 12 décembre grâce au vote de nombreux anciens électeurs travaillistes, Boris Johnson avait promis qu’il ferait le nécessaire pour "redresser" le pays, et en particulier le niveau de vie des plus pauvres. Rishi Sunak a ainsi assuré que "c’est un budget qui apporte la sécurité aujourd’hui mais c’est aussi un plan pour la prospérité demain".

L’austérité, c’est du passé

Pour ce faire, le gouvernement a opté pour une politique radicalement différente de ses prédécesseurs. Dès 2010, le Premier ministre David Cameron et son responsable des finances George Osborne avaient mis en place une sévère politique d’austérité. En 2016, Theresa May et Philip Hammond l’avaient légèrement atténuée. Profitant de taux d’intérêt historiquement bas, Boris Johnson et Rishi Sunak investiront 640 milliards de livres (723 milliards d’euros) dans les infrastructures du pays au cours des cinq années à venir, soit 175 milliards (198 milliards d’euros) de plus que prévu par leurs prédécesseurs. Les dépenses publiques progresseront ainsi de 2,8% par an, à un niveau bien plus rapide que la croissance (estimée entre 1,8% et 1,3% par an d’ici à 2023) et que l’inflation (entre 1,8% et 2,1% par an).

Ces mesures visent à atténuer discrètement l’effet du Brexit sur l’économie nationale. Dans son rapport publié mercredi, le Bureau de responsabilité budgétaire, une entité indépendante commanditée par le gouvernement pour analyser son budget, rappelle que "les effets économiques du vote du référendum ont pour le moment réduit la production nationale de 2%". Et ce n’est qu’un avant-goût : l’analyse publiée par le gouvernement en novembre 2018 prévoit un manque à gagner pour la croissance nationale des quinze années à venir situé entre 4,9 % et 7,6 % du PIB, selon le type d’accord commercial qui sera négocié avec l’UE. Le gouvernement a admis la semaine dernière qu’un accord de libre-échange avec les États-Unis n’inversera pas ces pertes : il entraînera une hausse du PIB sur quinze ans située entre 0,02 % et 0,36 %.