La lycéenne française a reçu des menaces après la diffusion d'une story Instagram où elle tient des propos insultants envers la religion musulmane. Un signalement a été effectué auprès du procureur de la République par le chef de son établissement.

Plusieurs vidéos ont été massivement partagées et commentées sur les réseaux sociaux. Certaines ont même été visionnées plus de 37 000 fois. Celles-ci reprennent les extraits d’une story Instagram dans laquelle une adolescente tient des propos insultants envers la religion musulmane.

On peut ainsi l’entendre dire : «Je déteste la religion, le Coran est une religion de haine, l’islam c’est de la merde. Je dis ce que je pense, putain. Je suis pas raciste, pas du tout. On peut pas être raciste d’une religion. J’ai dit ce que je pensais, j’ai totalement le droit, je regrette pas du tout. Il y a des gens qui vont encore s’exciter, j’en ai rien à foutre. Votre religion, c’est de la merde, votre Dieu je lui mets un doigt dans le trou du cul, merci au revoir.»

Cette lycéenne – Mila, âgée de 16 ans – est scolarisée en classe de seconde dans un lycée de l’Isère. Depuis la publication de ces vidéos, plusieurs hashtags ont émergé (#JesuisMila et #JesuispasMila), symbolisant un débat extrêmement polarisé autour de la jeune fille, désormais cible de cyberharcèlement. Relayée notamment par l’extrême droite, son histoire a été racontée mardi sur le site identitaire Bellica, allant jusqu’à susciter la réaction de Marine Le Pen. «Les propos de cette jeune fille sont la description orale des caricatures de Charlie [Hebdo], ni plus ni moins. On peut trouver ça vulgaire, mais on ne peut pas accepter que, pour cela, certains la condamnent à mort, en France, au XXIe siècle» a déclaré sur Twitter la cheffe de file du Rassemblement national.

En outre, plusieurs internautes indiquent que la lycéenne «a dû être exfiltrée de son lycée car tout le monde voulait la tuer». D’autres, que la police s’est rendue dans l’établissement et que Mila «ne sera plus jamais scolarisée».


L’adresse et les coordonnées de l’établissement ont en effet été rendues publiques sur les réseaux sociaux, comme a pu le constater CheckNews, ainsi que d’autres données privées concernant Mila. Des tweets appellent notamment à «faire péter le standard» du lycée, un autre lui souhaite «bonne chance pour [y] rentrer».

Contactée, Mila nous explique que tout a commencé «dans un live, samedi». Elle précise : «Dans ce live, j’avais déjà donné mon avis sur la religion.» Sur les propos qui lui sont reprochés sur l’islam : «J’ai simplement dit que je n’aimais pas ça et que c’était une religion de haine, rien de plus. Après ça, j’ai déjà reçu beaucoup d’insultes et de menaces. Donc j’ai décidé par la suite de tourner cette story, faite samedi après-midi. Le cyberharcèlement a été déclenché dès que ma vidéo a été mise en ligne.» En conséquence, elle nous confirme qu’elle ne s’est pas rendue au lycée. «Quelqu’un a appelé mon lycée se faisant passer pour mon père. Mon lycée a donc appelé la police pour me protéger», nous dit-elle. Elle précise qu’elle «ne souhaite aucune récupération politique».

Pas d’exfiltration

Côté autorités, on est alerté depuis lundi. Le rectorat de Grenoble indique à CheckNews que «la jeune fille est en sécurité» et qu’une «prise en charge physique et psychologique a été faite». La plateforme Net écoute (partenaire du ministère de l’Education nationale en matière de lutte contre le cyberharcèlement) a été désignée pour accompagner Mila et procéder au signalement des menaces et insultes en ligne. «Le recours a Net écoute entraîne automatiquement une saisine de la plateforme Pharos», nous précise-t-on. Le chef d’établissement a également procédé à un signalement auprès du procureur de la République.

Par ailleurs, le rectorat nous confirme que la lycéenne ne s’est pas rendue en cours dernièrement, mais que les forces de l’ordre n’ont procédé à aucune exfiltration. D’ailleurs, la gendarmerie locale et le rectorat disent qu’il n’y a eu aucun problème dans l’établissement concerné, après les menaces formulées sur les réseaux sociaux. «A plus long terme, un accompagnement sera proposé à l’élève et à sa famille, pour la maîtrise de ce qui est posté sur les réseaux sociaux. Pour l’instant, nous appelons au calme.»