Les électeurs ont largement boudé les urnes dimanche en France pour le second tour des élections municipales, un scrutin à l'enjeu national marquée par une poussée écologiste (qui s'offre des villes telles que Lyon ou Marseille) et par un parti présidentiel en difficulté dans plusieurs grandes villes, malgré la victoire du Premier ministre Edouard Philippe.

Edouard Philippe l'a en effet remporté au Havre avec 58,83% des voix face au député PCF Jean-Paul Lecoq. Philippe a salué des "résultats nets", y voyant un "acte de confiance". Le taux d'abstention a été de 58% dans cette ville portuaire qui avait basculé à droite en 1995 après trois décennies de maire PCF.

La maire PS Anne Hidalgo a remporté la victoire à Paris , en obtenant entre 49,3 et 50,2% des voix au second tour, selon deux instituts de sondage. Mme Hidalgo a devancé la candidate LR Rachida Dati (entre 32 et 32,7%) et celle de LREM Agnès Buzyn (entre 13,7 et 16% des voix), selon Harris Interactive et Ipsos-Sopra Steria.

La maire socialiste de Lille Martine Aubry l'a emporté d'une courte tête, en devançant "d'environ 200 voix" son concurrent écologiste Stéphane Baly, a annoncé à l'AFP son entourage. Le suspense a duré une bonne partie du début de la soirée, les sondages donnant les deux candidats au coude à coude, largement devant la candidate macroniste Violette Spillebout.

Perpignan pour le RN

Le député RN Louis Aliot, opposé en duel à Perpignan au maire sortant Jean-Marc Pujol, a affirmé dimanche à l'AFP avoir remporté l'élection municipale. "D'après les chiffres dont je dispose, nous avons gagné. C'est un système qui s'écroule. Nous avons eu à Perpignan le même personnel politique aux manettes depuis 1959", a-t-il ajouté. Au 1er tour, M. Aliot avait nettement viré en tête, avec 35,6% des voix.

De grandes villes pour les écologistes

A Marseille, Michèle Rubirola, à la tête d'une coalition de gauche, est arrivée largement en tête, devant la candidate LR Martine Vassal, selon deux estimations des instituts de sondages. L'écologiste recueille 39,9% des voix, devant Martine Vassal (29,8%) et le candidat du Rassemblement national Stéphane Ravier (19,8%), selon Harris Interactive Epoka pour TF1-LCI et RTL. Bruno Gilles, dissident LR, recueille 6,2%, Samia Ghali (DVG) 2,7% et Yvon Berland (LREM-UDI) 1,6%. A la tête du Printemps marseillais (PS/EELV/PCF/LFI), Michèle Rubirola obtient 39,4% des voix, dix points devant Martine Vassal 29,4%, et Stéphane Ravier à 20,5%, selon Elabe Berger-Levrault pour BFMTV et Le Parisien. Bruno Gilles obtient 6,1%, Samia Ghali 2,7% et Yvon Berland 1,9%, selon cet institut.

Autre ville très attendue... Lyon ! L'écologiste Bruno Bernard, tête de liste d'une coalition réunissant EELV et les partis de gauche, y a revendiqué dimanche sa victoire, pour un doublé historique dans la ville dirigée depuis 2001 par Gérard Collomb. "Les électrices et électeurs ont aujourd'hui fait un choix historique. Celui d'une métropole qui s'engage fortement pour les générations futures et pour la préservation du climat (...). Je dirigerai la métropole de Lyon avec une équipe soudée et investie", a déclaré M. Bernard devant la presse, alors que les résultats officiels n'avaient pas encore été communiqués.

A Bordeaux , l'écologiste Pierre Hurmic a revendiqué la victoire, battant le maire sortant LR Nicolas Florian et mettant ainsi fin à 73 ans de règne de la droite. Prenant la parole dans la cour de la mairie, cet avocat de 64 ans a promis d'être "un maire de Bordeaux à plein temps". "C'est une victoire historique, j'ai toujours pensé que les Bordelais étaient mûrs pour l'écologie. Cette victoire, je l'assumerai sans arrogance et avec fierté", a-t-il dit, précisant que sa première décision serait "de confier la commission des finances à un élu de l'opposition".

L'écologiste Jeanne Barseghian a devancé le candidat LREM Alain Fontanel, soutenu par la droite, au second tour des municipales à Strasbourg , selon une estimation Ipsos-Sopra Steria. L'écologiste a obtenu 42,5% des voix contre 34,3% pour M. Fontanel. La socialiste Catherine Trautmann arrive en troisième position avec 23,2% des voix, selon cette estimation.

Par contre, à Toulouse, Jean-Luc Moudenc, maire LR sortant soutenu par En Marche, a revendiqué sa victoire face à l'écologiste Antoine Maurice qui emmenait une large coalition vert-gauche. "Elle est confirmée", à "un peu plus de 52%", a affirmé M. Moudenc interrogé par la presse sur une victoire, à son arrivée au Capitole pour y faire une allocution. Il a fait part de sa "reconnaissance" aux électeurs de la quatrième ville de France. M. Moudenc était arrivé en tête au 1er tour avec 36%. Le maire LR et macron-compatible sortant devrait ainsi être reconduit à la tête de la 4e ville de France, après un duel très serré avec son rival écologiste, qui emmenait une union des gauches associant Insoumis, communistes, socialistes et radicaux de gauche à un noyau citoyen.

Le maire sortant de Nice Christian Estrosi (Les Républicains) a lui revendiqué sa victoire dans sa ville, où il assure avoir "largement" devancé la liste Nice écologique et le Rassemblement national. "Au terme de ce second tour, il me revient de proclamer les résultats quasi définitifs (...). La liste que j'avais l'honneur de conduire arrive largement en tête avec 59,3%" des suffrages exprimés", a-t-il annoncé sur le parvis de la mairie. Selon M. Estrosi, la liste Nice Ecologique a réalisé 19,4% et celle du Rassemblement National 21,3%. La participation s'est limitée à 27,8%.

A Montpellier, le socialiste Michaël Delafosse a remporté la mairie avec 47,23% des voix, devant le maire divers gauche Philippe Saurel (34,65%) et le milliardaire Mohed Altrad (18,12%), selon les résultats complets publiés par la préfecture. L'élection de M. Delafosse, âgé de 43 ans, s'est déroulée sur fond de forte abstention --65,56% au second tour-- alors que le scrutin montpelliérain a connu de nombreux rebondissements après un premier tour avec un record de 14 listes.

D'autres résultats

Le socialiste Mathieu Klein l'emporte lui à Nancy avec 54,3 à 55,2% des voix, face au sortant Laurent Hénard (Rad-LREM-MoDem), selon les estimations de deux instituts de sondage. Mathieu Klein (PC/PCF/EELV) recueille 53,3% des voix, selon Harris Interactive Epoka pour TFI-LCI et RTL et 55,2% selon IPSOS Sopra Steria pour France Télévisions, Radio France et Les Chaînes parlementaires.

Le président du MoDem François Bayrou a été réélu maire de Pau . Selon Ifop Fiducial pour M6 et Sud Radio, M. Bayrou a été réélu avec 55,5% des voix face à Jérôme Marbot (PS, 44,5%).

La candidate écologiste Anne Vignot devance d'une courte tête son adversaire Ludovic Fagaut (LR) lors des élections municipales à Besançon , après avoir recueilli entre 43,6% et 43,9% des voix, selon deux estimations.

Le député RN du Pas-de-Calais Ludovic Pajot a remporté dimanche soir l'élection municipale de Bruay-la-Buissière, commune de 22.000 habitants de l'ex-bassin minier, a annoncé Marine Le Pen à l'AFP. Député de la 10e circonscription et conseiller régional, Ludovic Pajot, 26 ans, l'emporterait avec 51% à 52% des voix devant Bernard Caillau (ex-PS) au terme de cette élection où la gauche était partie désunie, selon une autre source RN.

L'écologiste Emmanuel Denis a revendiqué la victoire à Tours , face au maire sortant Christophe Bouchet (UDI, soutenu par LR). "On a réussi à transformer la dynamique du premier tour en dynamique de victoire. Et c'est une grosse satisfaction. (...) Je suis très heureux aussi de faire partie de cette vague verte", a déclaré le candidat EELV, soutenu par plusieurs partis de gauche.

Participation en baisse, voici les départements qui ont le plus voté

La participation à 17H00 au second tour des élections municipales s'établit à 34,67%, soit quatre points en dessous de ce qu'elle était à la même heure au 1er tour le 15 mars (38,77%), selon les chiffres du ministère de l'Intérieur.

La participation est inférieure de près de 18 points à 17H00 à celle du second tour des municipales de 2014 (52,36%), et de près de 20 points par rapport à 2008 (54,45%).

Trois instituts de sondage estiment par ailleurs que la participation totale au scrutin s'échelonnera entre 40 à 41% à 20H00 dimanche, à la fermeture des bureaux de vote, contre 62,2% au second tour en 2014.

A midi, la participation était déjà en baisse de trois points par rapport au premier tour.

La participation est l'un des enjeux principaux du scrutin, alors que moins d'un électeur sur deux - 44,3%, contre 63,5% en 2014 - s'était déplacé pour voter le 15 mars en raison des risques de contamination au coronavirus.

Les départements qui ont le plus voté à 17h00 sont la Corse du Sud (71,02%), le Cantal (61,76%), la Lozère (60,24%), les Hautes-Alpes (57,48%) et les Landes (54,95%).

Les départements s'étant le moins mobilisés sont la Seine-Saint-Denis (21,47%), Paris (23,89%) l'Ille-et-Vilaine (24,23%), le Val d'Oise (25,54%) et le Val-de-Marne (26,04%).

Par ailleurs, les électeurs des trois départements très peuplés des Bouches-du-Rhône (33,46%), du Rhône (32%) et du Nord (31,85%) se sont déplacés dans des proportions proches de la moyenne nationale.