Promise à des résultats modestes au mieux, humiliants au pire, La République en marche aborde le scrutin municipal sans illusions, au terme d'une campagne marquée par des stratégies contestées et des divisions internes parfois aiguës.

"A force d'entendre qu'on va se prendre le gadin du siècle, on va finir par avoir de bonnes surprises", ironise, amer, un ministre en contemplant ce scrutin aux allures de crash test pour le jeune mouvement présidentiel.

Près de trois ans après l'arrivée au pouvoir d'Emmanuel Macron, LREM, en quête d'ancrage local, se présente dans une grosse moitié des villes de plus de 9.000 habitants, avec des têtes de listes soit "investies", soit "soutenues" - pour bon nombre d'entre elles, il s'agit de maires sortants.

Or, c'est avant tout sur eux que reposent les espoirs des marcheurs pour remplir leur objectif de "faire élire 10.000 conseillers municipaux" sur tout le territoire, rappelle le patron du parti, Stanislas Guerini.

Parmi les victoires que LREM entend s'attribuer, les réélections probables de Jean-Luc Rigaut à Annecy, Christophe Béchu à Angers ou Jean-Luc Moudenc à Toulouse. Et qu'importe que ce dernier ait également reçu l'onction de LR: "Ceux que nous soutenons nous ont demandé notre soutien: ce sera donc à comptabiliser pour La République en marche", martèle le député Jean-Baptiste Moreau.

Des élections pourtant réputées imperdables il y a encore quelques mois s'annoncent délicates : d'abord à Lyon, où le sortant Gérard Collomb est menacé par son ex-dauphin devenu dissident David Kimelfeld; ensuite à Strasbourg, Besançon ou Metz. Pire, même Le Havre, où se présente le Premier ministre Édouard Philippe, suscite des inquiétudes.

Enfin, évidemment, à Paris, où La République en marche avait pourtant recueilli près de 33% des suffrages lors des Européennes, il y a moins d'un an. "Et si on gagne Paris, on donne l'impression de gagner les municipales: il n'y a que ça qui compte", martelait encore un ministre il y a quelques semaines.

La dissidence de Cédric Villani, puis le crash de la candidature Griveaux, remplacé au pied levé par Agnès Buzyn il y a moins d'un mois, ont eu raison de l'enthousiasme. "Je crois qu'Agnès Buzyn n'a pas eu le temps de prendre sa place dans la campagne, elle est arrivée trop tard", constate une membre du gouvernement qui a déjà acté la défaite.

"Illisible"

D'autres veulent pourtant encore y croire, mais au prix d'un entre-deux tours promis délicat. Car si la direction de campagne de Mme Buzyn - héritée de Benjamin Griveaux - est toute disposée à s'allier avec Rachida Dati, nombre de marcheurs de la première heure en ont font un casus belli absolu et menacent de règlements de compte le moment venu.

La discorde - d'aucuns redoutent un schisme - est d'ailleurs plus générale, tant la stratégie du parti pour ces municipales est remise en cause.

Si LREM compte quelque 382 listes "autonomes", 212 sont des alliances avec des candidats issus de la droite (pour environ deux tiers) ou issus de la gauche. "Illisible", s'agacent certains, qui remettent également en cause le processus de désignation de la commission nationale d'investiture, co-présidée par l'ancien ministre socialiste Alain Richard, aux méthodes jugées aussi "brutales" qu'"inefficaces".

Visées, les choix de Thomas Cazenave à Bordeaux, Violette Spillebout à Lille, Patrick Vignal à Montpellier et de nombreuses autres têtes de liste auxquelles plusieurs sondages promettent des scores décevants. Jusqu'à se demander si une seule ville nouvellement conquise pourrait finalement tomber dans l'escarcelle du mouvement présidentiel.

Dès lors, c'est de plus en plus mollement que les pontes de la macronie se défendent d'enjamber cette élection, alors qu'Emmanuel Macron a fait sienne la phrase de François Miterrand lors des municipales de 1983, à l'époque déjà désastreuse pour le pouvoir en place: "Je prendrai les maires que les Français me donnent", avait philosophé le président socialiste.

A convoquer l'histoire, certains se consolent en se rappelant 1959: un an après le retour de Charles de Gaulle au pouvoir, le parti du général avait essuyé une cuisante défaite aux municipales. Ce qui ne l'avait pas empêché, par la suite, de prospérer.