Aux urnes malgré tout. Les Français ont commencé à voter dimanche pour le premier tour des municipales dans un pays à l'arrêt à cause de la crise toujours plus dramatique du coronavirus.

Quelque 47,7 millions d'électeurs, dont 330.000 ressortissants de l'Union européenne, sont appelés aux urnes, alors que la France a fermé à minuit tous les "lieux recevant du public non indispensables à la vie du pays". Ouverts depuis 08h00, au prix d'un respect scrupuleux des consignes de distanciation et de priorisation des personnes âgées et fragiles, les bureaux de vote fermeront à 18H00, 19H00 ou 20H00 selon les communes. Le Premier ministre Edouard Philippe a voté dès 8h15 au Havre, a constaté l'AFP.

En Nouvelle-Calédonie, les électeurs ont commencé à voter dix heures plus tôt. La progression de l'épidémie, qui a désormais fait 91 morts, laisse présager une abstention record lors de ce scrutin dont la tenue du deuxième tour, le 22 mars, pose déjà question. Jusqu'à tard samedi soir, les appels se sont multipliés pour un report du 1er tour, que venait pourtant de confirmer Edouard Philippe. Pas moins de six présidents de région - Valérie Pécresse (Ile-de-France), Xavier Bertrand (Hauts-de-France), Gilles Simeoni (Corse), Carole Delga (Occitanie), Renaud Muselier (PACA) et Hervé Morin (Normandie) -, parmi d'autres élus, ont réclamé le report du scrutin, s'attirant une réponse agacée de l'exécutif. "Ce sont les mêmes qui ont réclamé le maintien à tout prix jeudi, sur un ton parfois menaçant, qui demandent à présent l'annulation à la veille... Il faut être sérieux, à défaut d'être cohérent", a riposté auprès de l'AFP un proche du président Emmanuel Macron. Quelques heures auparavant, le chef du gouvernement annonçait la fermeture dès minuit et "jusqu'à nouvel ordre" de tous les "lieux recevant du public non indispensables à la vie du pays". Edouard Philippe a confirmé qu'en revanche le premier tour des municipales, qu'Emmanuel Macron avait sérieusement envisagé d'annuler jeudi, se déroulerait dimanche "comme prévu".

Record d'abstention ? 

A 12h, le taux de participation s'élevait à 18,38%, soit près de cinq points de moins que lors des dernières municipales en 2014 (23,17%), d'après les chiffres du ministère de l'Intérieur français. Le scrutin marquée par la pandémie de coronavirus, laisse apparaître de forte disparité entre les régions à la mi-journée. La région parisienne compte le plus faible taux de mobilisation ce dimanche matin, avec 12,61% de participation à Paris. 

Le Premier ministre a demandé "calme" et "civisme" aux Français, alors même que de nombreux maires faisaient part samedi soir de démissions en masse des assesseurs prévus pour le scrutin, faisant craindre une multiplication des cafouillages dans les bureaux de vote - même si, en théorie, les édiles ont la faculté de réquisitionner des conseillers municipaux pour assurer la régularité des opérations électorales. Dans les bureaux de vote, on s'est préparé à accueillir les électeurs dans les meilleures conditions possibles: poignées de porte, tables, isoloirs... tout a été nettoyé avant le vote et des mesures sont prises pour éviter les files d'attente et faire respecter les distances de sécurité. Le gouvernement a diffusé de son côté des messages préconisant de voter de préférence avec un bulletin reçu par courrier, d'émarger avec son propre stylo - bleu ou noir -, et de privilégier les horaires de moindre affluence, entre 9h et 11h et de 13h à 16h.

Tandis que le bilan de l'épidémie s'aggrave, nombre d'experts mettent en doute la capacité de tenir le second tour dimanche 22 mars. "Mon analyse", tweetait ainsi samedi le constitutionnaliste Jean-Philippe Derosier, "est qu'un tel report annulerait le 1er tour. Il n'est pas possible de déconnecter les 2 tours d'un même scrutin sans altérer sa sincérité".

Campagne achevée dans l'indifférence

Ce contexte inédit, après une campagne électorale achevée dans l'indifférence, occulte les enjeux politiques de ce scrutin: Les Républicains et le PS parviendront-ils à se refaire sur le terrain municipal, après avoir vu leurs positions nationales s'effondrer depuis 2017 ? Le RN confirmera-t-il sa percée en gagnant de nouvelles mairies dans le Sud et les Hauts-de-France ? Les écologistes d'EELV pourront-ils maintenir leur élan des Européennes ? LREM, en position difficile, réussira-t-il un début d'implantation locale ?

A Paris, l'ex-ministre de la Santé Agnès Buzyn (LREM) paraît à la traîne derrière la sortante Anne Hidalgo (PS) et sa rivale LR Rachida Dati, qui font la course en tête. A Marseille, le macroniste Yvon Berland stagne à moins de 10%. Résultat très attendu également au Havre, où Edouard Philippe joue son avenir à Matignon.

Selon les dernières projections, les Républicains pourraient conserver nombre de leurs villes prises à la gauche en 2014. LR part toutefois divisé à Marseille, où le Rassemblement national espère sortir en tête au premier tour. A gauche, les Verts espèrent profiter de la prise de conscience de l'urgence écologique et ambitionnent de s'imposer à Besançon, Tours, Rouen ou Grenoble. Le PS tentera surtout de conserver ses bastions de Paris, Lille, Rennes et Nantes. Le RN semble quant à lui en passe de conserver ses mairies conquises en 2014 et tentera de renforcer son implantation avant les régionales de 2021.

La barre relativement basse (10% des suffrages exprimés au premier tour) au-dessus de laquelle une liste peut se maintenir devrait se traduire par une multiplication des triangulaires, voire des quadrangulaires, au second tour. Avec l'effacement du clivage droite/gauche et la multiplication des listes "sans étiquette", les résultats du scrutin s'annoncent particulièrement difficiles à décrypter, et les discussions d'entre-deux-tours cruciales. A l'issue du vote dimanche, les candidats autorisés à se maintenir auront jusqu'à mardi 18H00 pour trouver des alliés ou fusionner leurs listes en vue du second tour. S'il a lieu.