Londres et Bruxelles se sont quittés sur un constat de divergences persistantes à l'issue de leur neuvième session de négociations, la dernière prévue en l'état. Mais le temps presse car les deux parties sont d'accord sur un point: un compromis doit être trouvé ce mois-ci pour être mis en oeuvre en début d'année prochaine, à temps pour échapper à une rupture brutale de leurs échanges.

"J'espère que nous arriverons à un accord, cela dépend de nos amis", a déclaré le Premier ministre britannique Boris Johnson, estimant qu'il restait "toutes les chances" d'y parvenir malgré des divergences persistantes, si "nos amis et partenaires (font) preuve de bon sens".

Le négociateur britannique David Frost a prévenu l'UE que des concessions seraient indispensables pour arriver à un compromis, notamment sur la pêche et les conditions de concurrence équitable.

Il s'est dit "inquiet" du peu de temps disponible pour surmonter ces divergences avant le Conseil européen du 15 octobre, échéance fixée par le Premier ministre britannique Boris Johnson.

Les Européens se sont eux donné jusqu'à fin octobre.

"Nous manquons de temps", a confirmé la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, proposant de son côté "d'intensifier les négociations".

Elle doit s'entretenir samedi après-midi par visioconférence avec Boris Johnson pour faire un "bilan des négociations" et discuter "des prochaines étapes".

"On a besoin d'entendre au plus haut niveau que Johnson veut un +deal+", a précisé une source européenne, alors que "de graves divergences sur des sujets d'importance majeure pour l'Union européenne" persistent, selon le négociateur européen Michel Barnier.

Le Royaume-Uni a quitté l'UE le 31 janvier, mais il continue d'appliquer les règles européennes jusqu'au 31 décembre. Faute d'accord commercial à cette date, une rupture brutale dans les échanges viendrait ébranler un peu plus des économies déjà fragilisées par la pandémie de nouveau coronavirus.

"Tunnel"

"Les prochains jours" seront décisifs, a affirmé la chancelière allemande Angela Merkel, qui rencontrera M. Barnier lundi à Berlin. "Tant que les négociations se poursuivent, je suis optimiste".

Selon Michel Barnier, les pourparlers butent toujours sur plusieurs sujets sensibles, comme la manière dont seront réglés les différends dans le futur accord, ou encore les garanties exigées par l'UE, en particulier en matière d'aides d'Etat, pour éviter de voir surgir de l'autre côté de la Manche une économie dérégulée qui la concurrencerait de manière déloyale.

Un accord doit également être trouvé sur la pêche, un sujet particulièrement explosif pour une poignée d'Etats membres (France, Espagne, Danemark, Belgique ou Pays-Bas), qui espèrent un statu quo dans l'accès de leurs pêcheurs aux eaux britanniques, très poissonneuses.

"La question de la pêche est très difficile", a concédé Mme von der Leyen, rejetant un accord "à n'importe quel prix".

Côté britannique, les négociateurs espèrent parvenir rapidement au fameux "tunnel" de négociations, ce moment où un accord semble suffisamment proche pour se lancer dans des pourparlers à huis clos en continu.

Alors que les pourparlers sont à la peine, Bruxelles a lancé jeudi une procédure d'infraction contre le Royaume-Uni, en raison de son projet de loi qui remet en question certains des engagements pris dans le traité encadrant son départ.

Le texte, approuvé par les députés britanniques et qui doit être examiné par les Lords, revient sur des dispositions pour la province britannique d'Irlande du Nord, prévues afin d'éviter le retour d'une frontière avec la République d'Irlande, un garde-fou jugé essentiel au maintien de la paix sur l'île.

La procédure de l'UE peut finir devant la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE), susceptible d'infliger amendes et astreintes.