"Le gouvernement fédéral n'a pas modifié sa position de base" à ce sujet, a déclaré à la presse une de ses porte-parole, Martina Fietz, signifiant ainsi que Berlin continuait à soutenir le projet énergétique et refusait de le lier à la mise en détention de la bête noire du Kremlin.

Elle réagissait aux critiques émises dans la matinée par le secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes, Clément Beaune, sur la radio France Inter, proposant d'abandonner ce projet controversé.

"Des sanctions, on en a déjà prises, on pourrait en prendre (d'autres) mais il faut être lucide, cela ne suffit pas (...) Je pense que l'option Nord Stream est une option qui se regarde", a-t-il affirmé, tout en notant que la balle était dans le camp des Allemands.

"C'est une décision aujourd'hui allemande puisque c'est un gazoduc qui (arrive) en Allemagne", a-t-il dit.

"Nous avons toujours dit que nous avions les plus grands doutes sur ce projet", a rappelé Clément Beaune. Les autorités françaises sont-elles donc dans le contexte actuel favorables à un abandon de Nord Stream 2 ? "En effet", a-t-il répondu.

La France avait déjà fait état de "réserves" face au projet avant même l'affaire Navalny. Elle ne s'était toutefois jamais aussi clairement prononcée publiquement en faveur de l'abandon de ce chantier, en cours de finition, considéré comme stratégique par la chancelière Angela Merkel.

Le dossier est toutefois de plus en plus embarrassant pour Berlin, à mesure que se raidit le régime russe.

"Les Etats-Unis veulent empêcher Nord Stream 2 en arguant que l'Europe devient trop dépendante de la Russie pour son approvisionnement énergétique, et certains pays européens le rejettent également", reconnaissait la semaine dernière le porte-parole d'Angela Merkel, Steffen Seibert.

'Discussions difficiles' 

Mais "le gouvernement allemand considère ce projet comme un dossier économique et a toujours refusé de s'immiscer" dans la discussion pour le freiner, a-t-il ajouté.

L'homologue de Clément Beaune en Allemagne, le secrétaire d'Etat allemand aux Affaires étrangères Michael Roth, a lui-même reconnu ce week-end des "discussions difficiles avec nos partenaires de l'UE" sur le sujet, dans une tribune de presse.

La polémique a redoublé depuis l'empoisonnement d'Alexeï Navalny - dont ce dernier rend responsable le président Vladimir Poutine -, son arrestation dès son retour en Russie le 17 janvier après cinq mois de convalescence en Allemagne et la répression des manifestations réclamant sa libération.

Les Européens envisagent par ailleurs l'adoption de nouvelles sanctions si M. Poutine continue la répression contre l'opposition.

Le chef de la diplomatie de l'UE, Josep Borrell, doit se rendre à Moscou du 4 au 6 février pour demander la libération de M. Navalny.

Il a déploré les "interpellations massives" et "l'usage disproportionné de la force" lors de nouvelles manifestations pro-Navalny dimanche en Russie. La police russe a procédé à plus de 5.000 interpellations et bloqué le centre de plusieurs villes, dont Moscou.

Début décembre, les travaux pour Nord Stream 2, un projet de plus de 9 milliards d'euros et 1.200 kilomètres de liaison sous-marine, avaient repris dans les eaux allemandes, après avoir été suspendus pendant près d'un an en raison de sanctions américaines.