"Moi j'assume mes responsabilités", "je dirai les choses", répète plusieurs fois à renfort de grands gestes Franck Attal, veste noire cintrée sur chemise blanche, au deuxième jour de son interrogatoire devant le tribunal de Paris.

Il comparaît au côté de 13 personnes, dont l'ancien président Nicolas Sarkozy - absent à l'audience - qui n'est lui jugé que pour "financement illégal de campagne" et pas pour la fraude qui a consisté à faire payer les dépenses excessives à l'UMP.

"A quelle date a été décidé le système de +ventilation+ des factures ?", demande la présidente Caroline Viguier.

L'ancien cadre de Bygmalion, 50 ans, hésite. "Autour de mi-mars". Jusqu'au gigantesque meeting de Villepinte - estimé à 6 millions d'euros - "les montants réels étaient facturés".

Avant cela, il y avait eu 5-6 dates à travers le pays, puis une convocation au siège de l'équipe de campagne : les meetings sont "trop chers", lui dit-on.

Il propose une solution, étayée dans un mail. "Suite à notre entretien de ce jour, je vous confirme que les budgets seront revus à la baisse, moyennant le remplacement du fond vidéo par un fond fixe, et de l'utilisation de l'éclairage existant", lit la présidente.

"Et du coup, ça coûte quand même... 580.000 euros ?", s'étonne-t-elle en prenant exemple d'un meeting fin février à Montpellier.

"En enlevant le fond vidéo on a 10-15.000 euros d'économisés. Mais ils ont tout de suite été remplacés par des demandes additives (des équipes Sarkozy), c'est tout le paradoxe", explique M. Attal.

"Comme ça ?"

Peu de temps après, "des prestataires m'alertent qui n'ont toujours pas été payés". Franck Attal contacte Jérôme Lavrilleux, directeur adjoint de la campagne.

"J'expose la situation... Et là Jérôme Lavrilleux me dit +on a un problème, on est partis sur un nombre de meetings au-delà de ce qui était programmé, et on a un budget qui va dépasser le plafond, il va falloir que vous facturiez une partie des dépenses de meetings sur les conventions du parti+".

- "Comme ça ?", s'étonne la présidente.

- "Oui"

- "Il y avait 14 autres choses à faire, la première qu'on vous dit c'est +on va faire des fausses factures?+", insiste-t-elle.

Assis à un mètre de lui, Jérôme Lavrilleux reste impassible alors que Franck Attal maintient. "Les bras m'en tombent", précise l'ex-cadre de Bygmalion.

A l'étonnement du tribunal pourtant, il ne se souvient plus exactement qui d'autre, parmi les membres de l'équipe de campagne qui comparaissent à ses côtés, assistait aussi à la réunion.

"Vous ne nous vous souvenez plus exactement de quand et avec qui, mais vous vous souvenez parfaitement" de ce qu'a dit Jérôme Lavrilleux, ironise son avocat Christian Saint-Palais, qui "doute de la réalité de cette scène".

Jérôme Lavrilleux "a toujours soutenu qu'il avait su, mais plus tard", ajoute-t-il.

C'est lui qui avait révélé le système dans une surprenante confession télévisée en 2014. Il est le seul parmi les anciens de l'équipe de campagne à avoir reconnu l'existence de la fraude.

Franck Attal raconte s'être dit qu'il n'avait pas le choix que d'accepter la combine. "C'est le président candidat, il faut qu'on réponde à la demande".

Il va voir son supérieur hiérarchique, Sébastien Borivent, qui s'en réfère au patron de Bygmalion - et proche de Jean-François Copé - Bastien Millot.

La présidente fait venir M. Borivent à la barre. "Bastien a donné son feu vert", confirme-t-il.

MM. Attal et Borivent affirment cependant que leur rôle s'est arrêté là, et que c'est ensuite le comptable qui s'est occupé, en lien avec l'UMP, des fausses factures.

Le comptable, "qui n'est pas renvoyé devant le tribunal" ?, feint de s'interroger la présidente. Franck Attal insiste. "Je ne m'occupais que de l'organisation".

L'audience reprend jeudi avec l'interrogatoire de M. Borivent. Celui de M. Millot, qui a toujours nié toute implication dans la fraude, est prévu vendredi.