Des partis d'opposition mènent depuis plusieurs jours une campagne en Turquie sous le slogan "Où sont passés les 128 milliards" de dollars, la somme qui, selon eux, a "disparu" des réserves de la banque centrale en 2019 et 2020.

Sur la défensive, les autorités menaient la chasse cette semaine aux banderoles mentionnant les "128 milliards" qui ont fleuri sur les bâtiments de plusieurs villes du pays, notamment Istanbul et Ankara. Mais elles ne pouvaient enrayer la propagation de cette campagne sur les réseaux sociaux.

M. Erdogan a rompu son silence mercredi en accusant l'opposition de "mentir" et de commettre une "trahison" en suggérant que la banque centrale avait dilapidé ses réserves pour le bénéfice de certaines entreprises proches du pouvoir.

"Ils s'accrochent au mensonge des 128 milliards", a grondé M. Erdogan dans un discours à Ankara.

Selon le chef de l'Etat, la banque centrale a injecté cet argent pour soutenir l'économie dans un contexte aggravé par la pandémie de nouveau coronavirus. Il a affirmé que 165 milliards de dollars avaient été utilisés depuis deux ans dans ce cadre.

"Cet argent n'a pas été donné en cadeau à qui que ce soit ou gaspillé", a insisté M. Erdogan. "Il a simplement été transféré aux différents acteurs économiques (...) et une grande partie est d'ailleurs revenue à la banque centrale", a-t-il dit.

Le président turc a ajouté que la banque centrale disposait actuellement de près de 90 milliards de dollars de réserves et était "prête à les utiliser si nécessaire".

La livre turque a perdu environ 0,7% de sa valeur face au dollar pendant le discours de M. Erdogan, traduisant l'inquiétude des marchés.

Des économistes pointent en effet depuis plusieurs mois que l'assèchement des réserves de la banque centrale affaiblit les capacités de défense de la Turquie en cas de choc économique.

Selon les experts, la banque centrale a largement puisé dans cette réserve depuis 2019 pour échanger des dollars et des euros contre des livres turques et ainsi enrayer la chute de la monnaie locale, sans grand succès.

Cette polémique intervient dans un contexte de grogne croissante sur la gestion de l'économie par le gouvernement, à deux ans de la prochaine élection présidentielle.