Cheveux longs noués en queue-de-cheval ou en chignon, cet ancien professeur de sciences politiques est l’un des principaux visages de la politique espagnole depuis la création en 2014 de la formation de gauche radicale Podemos, héritière du mouvement des Indignés et des manifestations anti-austérité massives de 2011.

Entré au gouvernement en janvier 2020 comme deuxième vice-président du gouvernement dirigé par le socialiste Pedro Sanchez, Iglesias a pris tout le monde de court en mars en démissionnant pour se présenter aux régionales à Madrid, dans le but de sauver Podemos d’une déroute dans l’un de ses bastions.

Mais il a perdu son pari. Malgré sa participation, les partis de gauche ne sont pas parvenus à battre la droite, au pouvoir dans la région depuis 26 ans.

Militant dès le plus jeune âge

Un revers qui sonne la fin de la carrière politique d’Iglesias, qui avait déjà prévu de passer le témoin à la tête de Podemos à la ministre du Travail, Yolanda Diaz.

La politique a toujours coulé dans les veines de Pablo Iglesias, né à Madrid le 17 octobre 1978 et prénommé ainsi par ses parents en l’honneur d’un autre Pablo Iglesias, fondateur au XIXe siècle du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE). Fils d’une avocate et d’un inspecteur du travail emprisonné pendant la dictature de Francisco Franco (1939-1975), il n’a que 14 ans quand il rejoint les Jeunesses communistes.

Ce militantisme précoce le conduira à s’intéresser aux mouvements altermondialistes et aux nouvelles formes de socialisme qui émergent en Amérique latine.

Au fil d’un parcours universitaire brillant, Pablo Iglesias obtient une licence en droit, un master en communication et un doctorat en sciences politiques. Enseignant à l’université madrilène de la Complutense, il y rencontre ceux qui deviendront l’équipe fondatrice de Podemos.

Le poing levé et scandant "Sí se puede", Iglesias et ses camarades de Podemos entrent dès 2014 au Parlement européen et mettent fin en 2015 avec les libéraux de Ciudadanos au bipartisme espagnol socialistes/conservateurs.

Dénonçant avec fureur l’austérité et la corruption de la "caste" politique et économique, Podemos, dont les députés tranchent dans l’ambiance feutrée des Cortes, devient alors la troisième force politique espagnole.

Rêvant de dépasser les socialistes pour représenter l’alternative à gauche, Podemos échoue.

Mais il finit par s’entendre avec son frère ennemi pour renverser en 2018 le conservateur Mariano Rajoy et former l’an dernier avec les socialistes le premier gouvernement de coalition du pays depuis la fin de la dictature franquiste.

Charismatique, Pablo Iglesias, qui excelle dans les débats télévisés, est depuis le début l’âme de la formation, au point que son visage et sa queue-de-cheval figuraient sur les bulletins de vote des européennes de 2014.

Villa avec piscine

Un hyper-leadership qui a généré des scissions au sein du parti, qu’il dirigeait avec pour bras droit sa compagne, la ministre de l’Égalité Irene Montero.

Avec elle, Pablo Iglesias, qui se vantait d’avoir grandi dans le modeste quartier ouvrier de Vallecas à Madrid, a acheté une villa avec piscine de plus de 600 000 euros dans la banlieue de la capitale, où ils vivent avec leurs trois enfants, ce qui a provoqué des remous au sein du parti.