L'Italie, l'Espagne, la Grèce et Malte pointent du doigt des "déséquilibres entre solidarité et responsabilité" des Etats dans le nouveau "pacte sur la migration et l'asile" proposé par la Commission européenne en septembre, dans cette lettre vue mercredi par l'AFP.

Le courrier signé par les chefs de gouvernement italien Giuseppe Conte, espagnol Pedro Sanchez, grec Kyriakos Mitsotakis et maltais Robert Abela a été envoyé aux chefs de l'UE, Ursula von der Leyen (Commission), Charles Michel (Conseil) et la chancelière allemande Angela Merkel, dont le pays préside actuellement l'Union.

Ces déséquilibres "doivent être examinés afin qu'il soit très clair qu'une répartition équitable du fardeau est un facteur essentiel" de la politique migratoire européenne.

Le mécanisme de solidarité du nouveau pacte est "complexe et vague", critiquent les quatre responsables.

Ils estiment que le principe de relocalisation obligatoire doit demeurer "le principal outil de solidarité" entre Etats membres.

"Les règles de solidarité et les engagements de tous les Etats membres qui en découlent doivent être clairement définis. Les pays de première ligne ne peuvent supporter la pression migratoire pour l'ensemble de l'Union européenne", avertissent-ils.

Le pacte proposé par la Commission est "insuffisant car des questions comme la solidarité (...) doivent être beaucoup plus claires que ce qu'a proposé initialement la Commission", a insisté Pedro Sanchez lors d'une conférence de presse commune avec Giuseppe Conte à l'occasion d'un sommet Espagne-Italie à Palma aux Baléares.

"Nous devons travailler sur des mécanismes européens efficaces de redistribution des migrants pour qu'aucun pays en première ligne ne supporte tous les coûts et le poids de ces flux migratoires", a dit M. Conte.

Tirant les leçons de l'échec des quotas de relocalisation décidés après la crise migratoire de 2015, la proposition de réforme de la Commission aménage le principe d'une répartition contraignante.

Un "mécanisme de solidarité obligatoire" pourra être enclenché en cas de "pression migratoire" sur un pays: les autres Etats devront soit accueillir des demandeurs d'asile, soit "parrainer" le renvoi dans leur pays des migrants irréguliers, ou fournir une assistance. En cas de crise comparable à celle de 2015, les autres pays de l'UE n'auront alors le choix qu'entre accueillir des réfugiés ou renvoyer des migrants déboutés.

La Commission propose également un "filtrage" des migrants arrivant aux frontières extérieures afin de distinguer plus rapidement ceux qui ont le moins de chance d'obtenir l'asile.

Pour les quatre pays, les procédures aux frontières doivent "demeurer une prérogative des Etats membres, les mieux placés" pour en décider.

Ils s'inquiètent en outre d'éventuels "effets indésirables", redoutant la mise en place "de grands centres fermés", une perspective qu'ils jugent "inacceptable".

Outre les pays de première arrivée, la réforme a également été critiquée pour des raisons différentes par les pays de l'Est hostiles à l'accueil de demandeurs d'asile.