Samedi, 07H30, à proximité de l'entrée d'un terminal: Vincent Sbraire, 36 ans, café à la main, tente de se réveiller comme il peut. Masque de protection sur le visage, il file d'un pas pressé en direction d'un taxi pour gagner la capitale.

Cet homme affable, qui a atterri il y a presque une heure de Singapour, se tend presque immédiatement à l'évocation des contrôles liés au coronavirus dans l'aéroport.

"Ici, tout le monde porte un masque, la compagnie prend votre température avant de partir, on signe une déclaration sur l'honneur où on laisse nos coordonnées à l'aéroport. Niveau flicage c'est pas mal, non ?", s'agace-t-il .

Agitant nerveusement son passeport français en l'air, il poursuit: "Je suis Français, je rentre à la maison pour les vacances. Pourquoi nous traiter comme des pestiférés ? Les contrôles sont partout", exulte-t-il avant de tourner définitivement les talons.

A côté, une femme d'une cinquantaine d'années n'a pas perdu une miette de la conversation: "Pas besoin de stresser, on n'est pas malades", ironise-t-elle.

Professeure depuis plus de 20 ans dans un établissement français de Kinshasa (RDC), cette française, qui ne veut pas donner son identité, dénonce le "soupçon invraisemblable" que subissent, selon elle, les Français de retour au pays ainsi que les étrangers.

"Le virus ne nous a pas attendus pour circuler en France ! Quand j'entends dire qu'on est responsable de la propagation du virus ça me hérisse le poil, c'est une honte", dit-elle d'un ton calme et posé.

Vendredi, des professeurs d'hôpitaux parisiens ont déploré l'insuffisance des contrôles contre le coronavirus dans les aéroports, affirmant que des cluster se développaient à partir de gens qui rentrent de voyage.

"Pas là pour contaminer"

Pour le Pr Eric Caumes, chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital de la Pitié Salpêtrière, "la seule mesure efficace" contre le virus reste la quarantaine.

C'est précisément cette mesure qui irrite les passagers.

"J'ai fait un test PCR avant de prendre l'avion. Tout est en ordre, fin de la discussion. On ne vient pas là pour contaminer les gens. Quel est l'intérêt de venir en vacances ici s'il faut passer 15 jours en isolement ?", s'emporte Richard Stan.

Ce Franco-Américain originaire de New-York est venu avec son épouse et ses deux filles, direction "Reims, pour le Champagne".

Jeune trentenaire, Sébastien Torres, arrive lui du Brésil avec sa femme. "On est contents d'être là, dit-il soulagé. C'est un peu irrespirable en ce moment au Brésil."

Pour ce jeune couple qui compte rester en France "au moins jusqu'à Noël", les contrôles et mesures de sécurité sont amplement suffisants: "La quarantaine, c'est une mesure trop brutale, surtout si vous n'êtes là que quelques semaines", explique-t-il.

Sollicité par l'AFP, le groupe ADP, gestionnaire des aéroports parisiens, rappelle que de nombreuse mesures ont déjà été mises en place comme le port du masque obligatoire dès l'entrée dans le terminal, la mise en place de distributeurs de gels hydroalcoolique ou de caméras thermiques.

Les tests virologiques de dépistage du Covid-19, promis dimanche dernier par le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal pour les voyageurs provenant de pays classés "rouges", sont la dernière nouveauté du dispositif, selon ADP.

Piloté par l'ARS, ce dispositif "propose" aux passagers en provenance des pays hors de l'UE de se faire dépister. Une mesure "indispensable" pour Marie Peretti, doctorante française de retour du Brésil pour qui, de cette façon, "tout le monde sera rassuré, y compris les passagers".