Perm-36 était un camp de prisonniers politiques situé dans l’Oural. Dans les années 90, un groupe de militants locaux a entrepris de faire de cet endroit, qui est le seul complexe intégral de bâtiments réels du goulag subsistant en Russie, un musée indépendant. Entre 2005 et 2012, il a proposé des expositions, des pièces de théâtre, des projections de films et des débats d’experts dans le cadre de son forum civique international annuel, “Pilorama”. Mais, “ces dernières années, les autorités se sont livrées à des persécutions ciblées à l’encontre d’acteurs indépendants de la société civile travaillant sur des questions liées à la terreur d’État à l’époque soviétique”, relève la Fédération internationale pour les droits de l’homme, dans un rapport rendu public jeudi. Perm-36 fait partie des victimes de la répression des ONG indépendantes.

En 2013, le gouvernement régional, après avoir tenté de censurer le programme de “Pilorama” et annulé une partie de son financement, a déclaré qu’il ne serait pas en mesure d’assurer la sécurité des participants (l’année précédente, le forum avait été assiégé par un groupe de militants pro-gouvernementaux). “Pilorama” a dû être annulé en dernière minute et n’a plus jamais pu être réorganisé depuis, à cause de l’obstruction des autorités.

L’ONG gestionnaire du musée, Perm-36, a ensuite été chassée et ciblée par une campagne de harcèlement, raconte la FIDH dans son rapport. Le ministre régional de la Culture l’accusait “d’imposer [sa] conception de la manière dont nous devons considérer les événements” historiques, a raconté l’ancienne codirectrice du musée, Tatiana Koursina. Les autorités, après avoir mis la main sur le musée, ont revu ses expositions pour minimiser la partie consacrée aux dissidents soviétiques qui y avaient purgé leur peine dans les années 1970-80. Quant à l’ONG Perm-36, elle a été placée sur la liste des “agents étrangers” et décidé, en 2016, de se dissoudre.