En ce qui concerne la stratégie commune de soutien et de relance de l’économie européenne, les chefs d’État et de gouvernement de l’Union sont mis d’accord sur le fait qu’il faut absolument faire quelque chose, mais divisés sur le moindre détail. Au terme d’une réunion en visioconférence de cinq heures, ils ont donc confié à la Commission la tâche d’élaborer un plan de réponse collective qui serait à même de contenter tout le monde et son père.

Un des éléments de cette réponse sera la création d’un fonds de solidarité (dont tous les contours restent à dessiner) qui s’appuiera, d’une manière ou d’une autre, sur le budget européen 2021-2027. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen s’en félicite, puisqu’elle insiste sur le fait que le cadre financier pluriannuel (CFP) européen doit être le “vaisseau-mère” des instruments européens pour favoriser la reprise.
“Le prochain budget septennal devra être adapté aux circonstances", a déclaré l’Allemande, à l’issue de la réunion. "Nous devons augmenter sa force de frappe, pour pouvoir générer les investissements nécessaires à travers toute l’Union européenne.” 

À cette fin, la Commission voudrait porter à 2 % du revenu national brut de l’UE le plafond des ressources propres du budget européen (que composent à 75 % les contributions nationales) pour les deux-trois premières années du nouveau cycle budgétaire. Légèrement supérieur au plafond du budget proprement dit, de l’ordre de 1 % du RNB de l’Union, le plafond des ressources propres – fixé à 1,2 % pour la cadre financier 2014-2020, est le seuil maximum des contributions qui peuvent être demandées aux États membres, en cas de nécessité.

Grâce aux garanties juridiques des États membres, la Commission emprunterait sur les marchés de l’argent de quoi alimenter le budget européen par le biais d’un programme consacré à la relance. On parle “de milliers de milliards d’euros”, a précisé Mme von der Leyen. Entre ce que la Commission préconise et ce que les États membres sont prêts à faire, il y a de la marge, d’autant que relever le plafond des ressources propres nécessiterait un passage par la case ratification parlementaire de tous les États membres, rappellent plusieurs sources diplomatiques.

Toutes les questions qui fâchent restent en suspens

La chancelière allemande Angela Merkel a fait savoir que son pays était prêt à augmenter substantiellement sa contribution au budget européen. En revanche, elle a redit que pour Berlin, comme pour les Pays-Bas, la mutualisation des dettes, fût-ce pour financer la relance, est une voie sans issue. C’est pourtant par des emprunts européens que la France, l’Italie et l’Espagne, fort du soutien plus ou moins affirmé de six autres pays, dont la Belgique, suggèrent d'alimenter le fonds de solidarité.

De ce que sera ce fonds, on ne sait encore rien si ce n’est qu’il devra “avoir une ampleur suffisante, cibler les secteurs et les parties géographiques les plus affectés par la pandémie et consacré à la réponse à cette crise sans précédent”, selon le président du Conseil européen Charles Michel.
Malgré l’insistance de l’Italie et de l’Espagne, aucun montant n’a été arrêté. La Commission doit en premier lieu “cartographier” les besoins. Le Premier ministre néerlandais Mark Rutte estime qu’il n’y a pas urgence : les Vingt-sept ont déjà approuvé un paquet de 540 milliards d’euros d’aide d’urgence, dont les trois éléments devraient être prêts à l’emploi le 1er juin.

Il faudra aussi déterminer si l’aide sera apportée sous forme de prêts ou de dons. “Pour le camp des frugaux (Autriche, Pays-Bas, pays nordiques, NdlR) et l’Allemagne, il doit s’agir de prêts, pour les autres de dons”, glisse une source proche des discussions. Dans le second camp, le président français Macron se montre insistant : “Il faudra des transferts budgétaires réels économiques, pas simplement des prêts, vers les régions et les secteurs les plus touchés.” Faute de cela, l’unité de la zone euro, mais aussi du marché intérieur, seront en péril, prévient le Français. “Prêts ou subventions, il faudra un peu des deux”, affirme la présidente de la Commission.

La réponse illustre la difficulté de la tâche confiée à l’exécutif européen : présenter un paquet qui parvient à concilier les positions, contradictoires, des États membres sur tous les sujets.