Europe

L'ancien chef du gouvernement italien Enrico Letta, de centre gauche, s'est dit "très préoccupé" dimanche face "au chaos politique" en Italie, estimant nécessaire de stopper l'ascension de l'homme fort de l'extrême droite, Matteo Salvini, qui "pourrait entraîner l'Italie hors d'Europe".

"Le chaos politique est total en Italie, et c'est lié à la faillite de cette majorité gouvernementale", a estimé M. Letta, rencontré par une équipe AFP à l'aéroport de Lamezia Terme, en Calabre (sud).

M. Letta, ancien numéro 2 du Parti démocrate (centre gauche, PD) a dirigé l'Italie d'avril 2013 à février 2014. Retiré de la vie politique, il vit désormais à Paris.

Le chef de la Ligue (extrême droite) Matteo Salvini a fait exploser jeudi la coalition formée avec le Mouvement 5 Etoiles (M5S, antisystème), au pouvoir depuis 14 mois, et réclame la fin du gouvernement de Giuseppe Conte et des élections anticipées.

"Cette majorité n'avait aucune chance de durer, c'étaient deux partis incompatibles", a constaté M. Letta, soulignant que M. Salvini, "en grand opportuniste, cherche à tirer les bénéfices" de la crise.

"Élections assez probables"

Pour M. Letta, aujourd'hui doyen de l'Ecole des affaires internationales de Sciences Po Paris, "les élections sont assez probables", puisqu'il sera "très compliqué de mettre ensemble des partis aussi différents que le PD et le M5S" pour former une nouvelle coalition.

Des élections offriraient à M. Salvini, crédité de 36 à 38% des voix dans les sondages, "un résultat important", voire "une majorité absolue" au Parlement.

"Ce serait un grand danger pour le pays", avertit-il. "M. Salvini et ses idées souverainistes pourraient entraîner le pays hors de l'Europe".

Si le leader d'extrême droite a toujours assuré vouloir rester dans l'UE, M. Letta juge qu'il "n'a aucun principe". "Un jour, il peut dire qu'il veut l'Europe, le lendemain qu'il veut en sortir", affirme M. Letta, assurant qu'"avec M. Salvini, un Brexit italien n'est pas impossible".

L'ex-Premier ministre craint des "conséquences terribles" si la Ligue obtient une majorité absolue au parlement, car "la voie de Salvini est non seulement souverainiste et raciste", mais toutes ses idées "contre les migrants, contre l'intégration et le vivre ensemble deviendraient la règle".

Autre crainte de M. Letta: la politique économique de la Ligue, qui vise selon lui "à casser les règles de transparence et de discipline budgétaire", rapprocherait l'Italie "d'une crise structurelle".

"S'attendre à des surprises"

Si M. Letta s'attend davantage à des élections anticipées plutôt qu'à la mise en place d'une nouvelle coalition, il n'exclut pas de possibles "surprises", comme la formation d'un gouvernement "Conte bis" qui resterait le temps de nommer le commissaire européen revenant à l'Italie et d'élaborer et adopter le budget 2020.

Quel que soit le scénario, il serait "absurde" selon lui que les forces politiques abandonnent le terrain à Salvini. "Il n'a que 17% de ce parlement, pas la majorité", fait-il remarquer. Tandis que le parti qui a "une large majorité avec 37% au parlement c'est le M5S". "La balle est dans leur camp", souligne-t-il.

Il attribue néanmoins une grande responsabilité au parti antisystème dans "l'ascension de Salvini", qui a été "causée par leurs erreurs".

En acceptant notamment le durcissement sécuritaire et sa ligne anti-migrants, "ils lui ont permis de monter cette campagne de haine qui s'autoalimente". "L'Italie n'est pas le pays de la haine mais un pays où la possibilité du vivre ensemble existe" soutient-il.

Sur la suite des évènements, Enrico Letta insiste, "ce n'est pas Salvini qui décidera de la date des élections ni de l'évolution de la législature".

Dans le système parlementaire italien, cette prérogative revient au président, qui entrera en scène dès que le gouvernement sera tombé. En attendant, c'est au parlement de "décider" la marche à suivre, rappelle-t-il.

Les chefs de groupes politiques au Sénat sont convoqués lundi et mardi à la Chambre des députés pour décider de la date du vote de diverses motions, dont une contre le gouvernement, et une autre contre M. Salvini.