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La relaxe générale dans l'affaire de l'arbitrage qui avait octroyé 403 millions d'euros à Bernard Tapie en 2008 laisse la presse pantoise.

Libération résume l'opinion générale en titrant "le parquet se prend les pieds dans le Tapie" après la relaxe de l'homme d'affaires contre lequel 5 ans de prison avaient été requis.

"Symbole des années-fric, Tapie a souvent mordu la ligne, rappelle Laurent Joffrin dans Libération tout en estimant que les "juges" et les "hauts fonctionnaires" ont "opposé à sa résistible ascension des obstacles qui ont fini par l'épuiser. Amère revanche, au bout du compte, que cet ultime jugement", conclut-il.

"Toute sa vie, ce touche-à-tout a traîné une réputation sulfureuse", note également Yves Thréard du Figaro qui souligne que l'ancien ministre de François Mitterrand est "débarrassé de tout soupçon d'escroquerie. Au grand jour, à la régulière, par une décision en bonne et due forme, rendue au nom du peuple français."

Dans Les Echos, David Barroux insiste : "le parquet n'a pas été capable d'apporter les preuves de ce qu'il cherchait à démontrer" et se demande bien pourquoi les "juges professionnels qui ont instruit ce dossier (...) n'ont pas tenu compte de cette absence de preuve manifeste".

"Justice civile, pénale, commerciale, justice en première instance, en appel et en cassation, justice d'exception aussi avec la Cour de justice de la République, et jusqu'aux procédures incertaines de l'arbitrage, ce sont toutes les strates, tous les rouages de l'institution judiciaire qui ont été mobilisés. Pour aboutir à la plus totale incohérence", s'agace Nicolas Beytout de L'Opinion, qui aimerait savoir "comment expliquer une telle cacophonie judiciaire?"

"Escroc mais pas trop", constate Maud Vergnol dans L'Humanité en remarquant que "l'homme d'affaires doit toujours rembourser ce magot".

Dans La Montagne, Bernard Stéphan fait partie de ceux qui s'étonnent: "la justice pénale vient de laver de tout soupçon Bernard Tapie quand, il y a quelque temps, la justice civile l'avait condamné (sans appel) à rembourser 403 millions d'euros!"

"A la fin, c'est Tapie qui gagne"

Dans Le Journal de la Haute-Marne, Patrice Chabanet assure qu'"à la fin, c'est Tapie qui gagne" et "qu'on l'aime ou qu'on le haïsse, sa victoire judiciaire d'hier laisse pantois".

"Ne prête-t-on réellement qu'aux riches et aux puissants ? Ou bien la Justice, après avoir dangereusement divagué, a-t-elle retrouvé la voie de la sagesse ?", s'interroge Laurent Bodin de L'Alsace.

"En une trentaine d'années, Bernard Tapie aura sans doute contribué à davantage créer d'emplois dans la magistrature, la police et l'avocature que dans les multiples entreprises industrielles dont il fut le repreneur éphémère", ironise Jean-Michel Helvig (La République des Pyrénées).

Dans Les Dernières nouvelles d'Alsace, Pascal Coquis juge que la relaxe clôt "un chapitre du méandrique dossier Adidas". "Un chapitre seulement puisque l'affaire court depuis tellement longtemps qu'il serait surprenant qu'on en reste là", prévient-il.

Yves Harté dans Sud-Ouest pense que "cette relaxe fait oublier le principal: une condamnation toujours effective qui le contraint à payer une amende de 403 millions d'euros."

Comme beaucoup de ses confrères, Jean-Michel Servant du Midi Libre est partagé. Il évoque "un casier judiciaire aussi épais que le bottin mondain", mais reste impressionné par cette "sorte de phénix qui, dans un ultime effort, vient de remporter l'avant-dernier match de sa vie."

"Coupable au civil, et innocent au pénal", observe Sébastien Lacroix dans L'Union. Pour lui, le jugement sera "commenté 60 millions de fois": "la justice aura été courageuse ou pourrie, le Crédit Lyonnais, victime ou arnaqueur, le procès aura été équitable ou politique, la presse clairvoyante ou fautive, Tapie un héros ou une crapule." L'éditorialiste ne tranche pas: "n'essayez pas de vous faire une opinion circonstanciée. Bornez-vous à l'aimer ou le détester, ce sera déjà pas mal."