Europe

Depuis le 8 juillet, les vols entre la Russie et la Géorgie sont interrompus. Vladimir Poutine a ordonné fin juin leur interdiction pour "raisons de sécurité", après que des manifestations "russophobes" ont éclaté en Géorgie. Cette décision s'ajoute aux relations déjà tendues entre les deux pays.

Le 20 juin dernier, la prise de parole du député russe Sergueï Gavrilov au Parlement géorgien a déclenché la colère des habitants. Cet élu communiste de la Douma - le Parlement russe -, présent à Tbilissi à l'occasion d'une Assemblée interparlementaire orthodoxe, avait occupé le fauteuil du président du Parlement. Quelques heures plus tard, près de 10 000 Géorgiens étaient réunis devant l'édifice pour y exprimer leur mécontentement. "Russia is an occupant", "Fuck occupant Russia" pouvait-on lire sur les pancartes des manifestants, voyant en ce geste une provocation directe de Moscou. Dans la mémoire des Géorgiens, Sergueï Gavrilov est aussi associé au conflit armé de 2008, opposant Moscou et Tbilissi. Il soutenait alors l'Abkhazie et l'Ossétie du sud, deux anciennes régions géorgiennes proclamées indépendantes par le Kremlin, après cinq jours de combats meurtriers.

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"Ça tourne en crise intérieure"

Au lendemain des émeutes du 20 juin, faisant une centaine de blessés, le président du Parlement géorgien Irakli Kobakhidze démissionne. De son côté, Vladimir Poutine s'empresse de réagir aux contestations en annonçant la suppression temporaire des liaisons aériennes entre les deux pays. Effectif depuis le 8 juillet, ce décret pourrait fortement impacter le tourisme géorgien, car les Russes représentent à eux seuls 1,7 million de touristes dans le pays chaque année. La Russie envisagerait également d'imposer un embargo sur les importations de vins géorgiens, fortement appréciés dans le pays. 

Pour Bruno Coppieters, professeur en sciences politiques à la VUB, cette décision pénalise aussi la Russie elle-même, qui s’octroie une mauvaise image : "La Russie veut avoir un rôle de dirigeant au niveau mondial. Ces sanctions ne renforcent pas cette image-là et, même si elles sont symboliques pour la Géorgie, elles ne feront pas changer le gouvernement géorgien pour autant, qui veut toujours se rapprocher de l'OTAN et de l'Union européenne." De plus, "si les manifestations géorgiennes se multiplient, il y a un risque pour la Russie de voir arriver l'opposition à la tête de la Géorgie" ajoute le professeur. Et ce gouvernement alternatif ne serait pas forcément bénéfique pour le voisin russe.

Récemment, un journaliste géorgien a d'ailleurs proféré des insultes à l'égard de Vladimir Poutine. Une provocation que la Douma n'a pas appréciée : ses députés ont demandé à Poutine des sanctions économiques envers son voisin, ce que le président russe n'a pas voulu mettre en place. Du côté des Géorgiens, il y a une grande frustration : "Cette incapacité à résoudre le conflit mène à des actes spontanés, comme les manifestations, et ça tourne en crise intérieure. Même si la situation est stable et qu'il n'y a a priori pas de risques de nouvelles violences, aucun progrès n'est visible" explique Bruno Coppieters.