Dernière opposante de premier plan encore en liberté dans le pays, Maria Kolesnikova a été arrêtée mardi, officiellement après avoir tenté de fuir pour l'Ukraine. Selon ses partisans, elle avait en fait été "enlevée" la veille dans la rue et les autorités ont voulu se débarrasser d'elle en l'envoyant de force dans le pays voisin.

Ce n'est qu'après qu'elle eut résisté que Minsk se serait résolu à l'arrêter, selon les autorités ukrainiennes. Une nouvelle étape d'une répression lancée en mai.

Candidats en prison

En mai, la campagne pour l'élection présidentielle du 9 août démarre. Contrairement aux scrutins précédents, plusieurs candidats anti-Loukachenko suscitent une adhésion populaire.

Deux sortent du lot: Sergueï Tikhanovski, un vidéo-blogueur devenu populaire en étrillant la corruption du pouvoir, et un ancien banquier, Viktor Babaryko. Tout laisse à penser qu'ils franchiront la difficile barrière de la collecte des 100.000 parrainages nécessaires pour se présenter.

Mais le 29 mai, Sergueï Tikhanovski, en plein échange avec des sympathisants, est approché dans la rue par deux policiers. L'un chute, ce qui conduit à l'arrestation du Youtubeur et son inculpation pour "violences".

Le 18 juin, Viktor Babaryko est à son tour arrêté: Minsk l'accuse d'être à la tête d'un "groupe organisé" coupable, dans la banque Belgazprombank qu'il dirigeait, de fraudes et blanchiment.

Les deux hommes ne sont depuis pas sortis de prison.

Exil imposé

"Notre société n'est pas prête à voter pour une femme", avait fanfaronné Alexandre Loukachenko quand Svetlana Tikhanovskaïa avait annoncé prendre la suite de son mari. L'ex-mère au foyer est donc alors autorisée à prendre part à l'élection.

Elle forme une coalition avec deux autres femmes: l'épouse d'un autre candidat ayant choisi l'exil fin juillet, Veronika Tsepkalo, et Mme Kolesnikova, la directrice de campagne de Viktor Babaryko. A la surprise générale, la sauce prend: leurs meetings réunissent des dizaines de milliers de personnes.

Dans les derniers jours de campagne, une dizaine de leurs collaborateurs sont arrêtés. Veronika Tsepkalo rejoint alors son mari en exil.

Après l'élection, qu'Alexandre Loukachenko clame avoir remportée avec 80% des voix, des manifestations éclatent dans tout le pays et sont violemment réprimées.

Le lundi 10 au soir, lendemain du vote, Svetlana Tikhanovskaïa disparaît après avoir été retenue des heures au siège de la commission électorale.

Elle réapparaît le lendemain en Lituanie et l'agence étatique Belta diffuse une vidéo où elle lit d'une voix monocorde un texte appelant à "ne pas descendre dans la rue". Pour ses soutiens, l'enregistrement a été réalisé "sous la pression" et Svetlana Tikhanovskaïa a été contrainte de se réfugier à l'étranger.

Plusieurs autre suivent. Olga Kovalkova, une juriste de 36 ans, raconte comment elle a été arrêtée, menacée par les services spéciaux (KGB) puis relâchée entre les postes-frontières bélarusse et polonais. Pavel Latouchko, ex-ministre passé à l'opposition, s'est lui réfugié en Pologne.

Le chef de l'Eglise catholique, bien que détenteur de la citoyenneté bélarusse, s'est vu refuser de rentrer dans son pays.

Harcèlement judiciaire

Depuis son exil, Mme Tikhanovskaïa a fondé au Bélarus un Conseil de coordination pour organiser une transition du pouvoir. Alexandre Loukachenko menace de "refroidir certaines têtes brûlées en son sein".

Débute un harcèlement judiciaire: les responsables de ce conseil, dont la prix Nobel Svetlana Alexievitch, sont convoqués pour des interrogatoires. Certains d'entre eux sont interpellés, notamment devant des usines où ils soutiennent les ouvriers en grève, et condamnés à de courtes peines de prison. D'autres, Mme Kovalkova et M. Latouchko, se retrouvent à l'étranger.

Depuis l'arrestation de Maria Kolesnikova, seuls deux des sept membres du présidium du Conseil de coordination restent libres et au Bélarus: Mme Alexievitch et Maxime Znak, un avocat de 39 ans.