Du 7 octobre au lundi suivant, les prix Nobel seront décernés à des personnalités ou organisations qui se sont particulièrement illustrées dans les domaines de la médecine, physique, chimie, littérature, de la paix et des sciences économiques. Les récompenses en littérature et pour la paix attisent particulièrement les débats, après une année sans prix pour la première, tandis que la jeune activiste pour le climat Greta Thunberg, qui déchaîne les passions, est pressentie pour la paix. Trop jeune, manipulée et culpabilisante pour certains, égérie pour de nombreux jeunes qui ont à sa suite séché les cours pour manifester contre l'inertie politique en matière climatique, Greta Thunberg divise. Jusque dans les rangs des observateurs sur l'attribution du prochain prix Nobel de la paix.

Favorite des sites de pari en ligne pour l'édition 2019, son implication "au cours de l'an passé est extraordinaire", salue Dan Smith, directeur de l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri), qui considère que le changement climatique est un problème "étroitement lié à la sécurité et la paix". D'autres jugent son sacre "extrêmement improbable", comme le directeur de l'Institut de recherche sur la paix d'Oslo (Prio), Henrik Urdal. À 16 ans, la Suédoise serait "trop jeune", tandis que le lien entre réchauffement planétaire et conflit armé resterait à prouver.

Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, artisan de la réconciliation avec l'Érythrée, et des ONG comme Reporters sans frontières (RSF) ou le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) seraient également dans la course au Nobel de la paix, doté comme les autres prix d'un chèque de neuf millions de couronnes (830.000 euros).

Impossible à vérifier cependant car le Comité Nobel norvégien ne révèle jamais l'identité des nommés. Tout au plus indique-t-il qu'il a enregistré 301 candidatures en 2019, visant 223 personnalités et 78 organismes. Composé de cinq membres spécialement élus par le parlement norvégien, ce comité a été désigné par Alfred Nobel, l'inventeur suédois de la dynamite, dans son testament de 1895 pour élire "la personnalité qui aura le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion ou à la propagation des congrès pacifistes".

"Les Nobel (...), surtout la littérature et la paix, sont toujours controversés", rappelle Olivier Truc, auteur de "L'affaire Nobel" (Grasset). Après une année tumultueuse sans prix Nobel de littérature 2018, l'Académie suédoise décernera cette fois deux médailles gravées dans l'or: l'une pour l'année passée, l'autre pour 2019.

L'académie avait dû reporter d'un an l'annonce du Nobel 2018 - une première depuis 70 ans - faute du quorum d'académiciens requis. Un scandale sexuel impliquant l'époux de l'académicienne Katarina Frostenson, Jean-Claude Arnault, avait dévoilé des luttes de clans et provoqué une avalanche de départs parmi les 18 membres de la prestigieuse institution. La poétesse a depuis rendu son fauteuil et le Français a été condamné à deux ans et demi de prison pour viol.

Dans les salons littéraires cette année, les noms de la Polonaise Olga Tokarczuk, du Kényan Ngugi Wa Thiong'o et de l'Albanais Ismaïl Kadaré cotoyent ceux de l'Américaine Joyce Carol Oates et de l'éternel oublié Haruki Murakami. Après la chute du producteur américain Harvey Weinstein et l'apparition du mouvement #MeToo, l'académie devrait primer au moins une femme, se murmure-t-il.

© AFP