Des 75 têtes de liste déclarées aux élections régionales le 8 avril, 48 disposent d’une fiche Wikipédia. Or, une enquête du site français Numerama révèle qu'une page sur trois, majoritairement consacrées à des personnalités de premier plan, ont été "censurées, vandalisées, ou étoffées par des petites mains élogieuses".

En effet le site, connu de tous, permet à n’importe qui de créer sa propre biographie en ligne, sans aucune vérification. Pour les militants et les communicants, c'est donc une possibilité de blanchir leurs candidats ou au contraire de salir leurs adversaires.

Le média illustre cette guerre du Web avec la page Wikipédia de la candidate en Ile-de-France Valérie Pécresse. La section concernant sa prise de position sur le mariage homosexuel a été plusieurs fois amendée puis rétablie. À tel point qu'un bandeau d'alerte s'est affiché au-dessus de sa page indiquant que "Les contributeurs sont tenus de ne pas participer à une guerre d'édition sous peine de blocage", épingle l'émission Quotidien sur TF1.

L'enquête pointe d'autres nombreux exemples où des élus ont fait appel à des communicants. Il est en effet possible de retrouver les modifications des pages et les auteurs en cliquant sur l'onglet "historique". Citons par exemple le candidat LREM Laurent Saint-Martin qui, étant assez méconnu, a fait appel à l’agence de communication Gantzer, dirigée par l’ancien porte-parole d’Agnès Buzin, pour lui faire gagner en visibilité et partager ses "hauts faits". Ou encore la candidate Les Républicains (LR) au conseil régional breton Isabelle Le Callennec qui a essayé de cacher ses liens avec la Manif pour Tous, plusieurs phrases ayant disparu de son profil. Après vérification par Numera, il s'avère que ces suppressions sont le chef d'un conseiller régional qui a "caviardé" son profil.


Les Wikipédiens veillent

Heureusement, plusieurs fidèles utilisateurs de l'encyclopédie veillent au grain et n'hésitent pas à remettre les choses dans l'ordre lorsque des informations sont erronées, mais certaines erreurs passent entrent les mailles du filet. "L’encyclopédie fonctionne parce qu’il y a plus de gens bien intentionnés que de gens malhonnêtes. Mais si le ratio s’inverse, les bénévoles qui agissent sur leur temps libre auront du mal à maintenir Wikipédia en état", alerte Pierre-Yves Beaudouin, le président de Wikimédia France (l'organisation qui héberge Wikipédia), sur le site de Numera.

Suite à cette enquête, celui-ci a d'ailleurs promis d'afficher haut et fort ces tentatives d'influence : "Pendant longtemps, Wikimédia France faisait profil bas. Maintenant, j’incite à faire du "name and shame" pour les agences de com, les entreprises et les politiques. Il faut que ça se sache. C’est comme ça qu’on peut décourager les plus malhonnêtes".