Des milliers de personnes ont défilé samedi pour la troisième semaine consécutive dans les rues de Paris et de plusieurs autres villes pour dénoncer la très controversée proposition de loi Sécurité globale, à leurs yeux "liberticide", et le projet de loi sur le séparatisme.


Pour éviter la répétition des violents incidents des précédentes manifestations, le collectif de syndicats et d'associations à l'initiative de la protestation s'est cette semaine contenté d'appeler à la mobilisation dans les régions mais a renoncé à faire de même dans la capitale.

Une partie de ce collectif a toutefois décidé d'organiser un défilé parisien de la place du Châtelet à celle de la République, dûment enregistré auprès de la préfecture de police qui ne l'a pas interdit.

Réunis derrière une immense banderole proclamant "stop aux lois liberticides, stop islamophobie", plusieurs milliers de manifestants ont commencé vers 15H00 à défiler en direction de la place de la République, sous la pluie et serrés de près par d'importants effectifs de CRS et de gendarmes mobiles.

Dans la capitale, de nombreuses unités de CRS et de gendarmes mobiles ont encadré au plus près les milliers de manifestants - 10.000 selon les organisateurs - qui défilaient de la place du Châtelet à celle de la République et procédé à plus d'une centaine d'interpellations, selon le ministère de l'Intérieur.

Cette vague importante d'arrestations a suscité des tensions dans le défilé mais aucun incident majeur n'y avait été signalé en fin d'après-midi. 119 personnes ont été interpellées à Paris dans l'après-midi. 


A Lyon, où la préfecture a recensé quelque 2.000 manifestants, les forces de l'ordre ont fait usage de gaz lacrymogène pour riposter à des projectiles. Tout comme à Lille, où quelques grenades lacrymogènes ont été tirées pour disperser le cortège à la fin.

"On ne peut pas rester chez soi face à ce qui se passe actuellement dans le pays, et qui est grave. Le gouvernement (...) réduit nos libertés texte après texte", a indiqué à l'AFP Christophe, un professeur de philosophie de l'art de 47 ans.

"Ce n'est pas fini", a renchéri la députée LFI Danièle Obono, "depuis plusieurs semaines la jeunesse se mobilise nombreuse pour réclamer un autre avenir que la précarité et la restriction des libertés que le gouvernement veut lui imposer".

"On ne peut pas rester chez soi face à ce qui se passe actuellement dans le pays, et qui est grave. Le gouvernement légifère à tour de bras, il n'y a aucun contrôle parlementaire, et (il) réduit nos libertés texte après texte", a indiqué à l'AFP Christophe, un professeur de philosophie de l'art de 47 ans.

Adoptée par les députés, la proposition de loi Sécurité globale suscite depuis des semaines de vives critiques de la part de la gauche, des journalistes et des ONG de défense des libertés, notamment son article 24 qui pénalise la diffusion malveillante d'images des forces de l'ordre.

Le texte est accusé par ses détracteurs de porter atteinte aux libertés de la presse, d'expression et de manifester" et d'instaurer "des outils de surveillance de masse". Ces critiques ont été renforcées par le passage à tabac filmé du producteur de musique Michel Zecler par des policiers, le 21 novembre.

Ces deux derniers samedi, des dizaines de milliers de personnes ont défilé à Paris et en régions pour en exiger le retrait.

Ce samedi encore, ils étaient environ 1.800 à Montpellier, entre 1.000 et 1.500 à Strasbourg, près de 500 à Lille, 1.200 à Toulouse et un millier à Marseille.

"Trop de restrictions"

Plus tôt dans la journée, environ 1.800 personnes, selon la préfecture, ont défilé dans le calme dans le centre-ville de Montpellier.

"Je ne proteste pas uniquement contre la loi de sécurité globale", a expliqué Coline Marguet, une étudiante de 23 ans, "nous allons vers trop de restrictions, de manière générale". "Notre devoir de citoyen est de veiller au respect de nos droits", a renchéri Anne-Marie Briand, un médecin de 49 ans en arborant une pancarte "Un flic flou, c'est un flic pas net".

De 200 à 300 personnes se sont également rassemblées à Lille pour dénoncer la loi Sécurité globale mais aussi le projet de loi du gouvernement contre le séparatisme jugée "islamophobe". "Tout est un peu lié, la volonté de faire taire les oppositions, la stigmatisation des musulmans", y a jugé Samuel, infographiste.

Face au tollé provoqué par l'article 24, le gouvernement a finalement laissé au parlement le soin de trouver une nouvelle formulation alors que le texte doit passer devant le Sénat en janvier.

Présenté mercredi en conseil des ministres, le projet de loi contre les séparatismes vise à renforcer la lutte contre l'islamisme radical, dans la foulée de l'attentat jihadiste qui a coûté la vie à Samuel Paty. Il est dénoncé par certains à gauche comme une loi de "stigmatisation des musulmans".

Pour déminer cette fronde et la polémique sur les violences policières, Emmanuel Macron a décidé de réunir en janvier un "Beauvau de la sécurité" pour remettre à plat les conditions d'exercice des missions des forces de l'ordre et "consolider" leurs liens avec la population.