Metin Karasular et Michel Catino, domiciliés à Gilly, sont accusés d’avoir fait partie de la "chaîne des responsabilités" qui a mené à la mort de dix-sept personnes à Paris et dans sa banlieue, entre le 7 et le 9 janvier 2015. Ils sont accusés d’"association de malfaiteurs terroristes". Le parquet demande qu’ils ne bénéficient d’aucune libération conditionnelle ou d’un placement en semi-liberté durant les premiers deux tiers de la peine.

Ils ont été décrits par le parquet comme des délinquants récidivistes, avec un goût prononcé pour l’argent et, pour Michel Catino, une addiction aux casinos et aux jeux malgré "une forme de précarité sociale".

Selon le parquet antiterroriste français, le garage de Karasular à Marchienne-au-Pont faisait partie d’un triangle entre Paris, les Ardennes françaises et Charleroi où les terroristes ont acquis des armes et des munitions. Deux duos de trafiquants, l’un à Charleville-Mézières, l’autre à Charleroi, étaient en interaction. Chacun menait "une activité de garagiste et souterraine", selon le parquet.

Leur principal contact dans cette affaire était Ali Polat, considéré comme le bras droit d’Amedy Coulibaly, pour lequel les avocats généraux ont réclamé mardi la prison à perpétuité.

Ali Polat s’était rendu à plusieurs reprises dans le garage de Marchienne-au-Pont avec Amedy Coulibaly, le meurtrier de l’Hyper Cacher, notamment le 3 janvier juste avant les attentats. Coulibaly et Polat avaient déroulé leur tapis de prières dans l’arrière-salle du garage.

"Alors que les intéressés connaissaient la radicalisation d’au moins un de leurs clients, ils n’ont pas hésité à apporter un soutien logistique", a estimé lundi soir devant la cour d’assises spéciale de Paris l’avocate générale Julie Holveck.

Des listes d’armes et munitions

Les deux Belges sont accusés d’avoir fourni des armes aux terroristes, sur base de trois listes trouvées dans le garage et au domicile de M. Karasular. L’auteur de l’une de ces listes a été identifié par un graphologue comme étant Ali Polat. Elle évoquait une commande d’explosifs C-4, de détonateurs et de munitions. Une autre liste avait été trouvée en haut de l’armoire dans la chambre du trafiquant, avec à côté un morceau de papier sur lequel était noté un numéro de téléphone utilisé par Polat exclusivement pour ses contacts avec la Belgique.

Selon les enquêteurs, il y a eu peu d’argent passant d’une main à l’autre mais plutôt une forme de troc. Coulibaly aurait vendu la Mini Cooper de son épouse, Hayat Boumeddiene, pour 12 000 euros seulement tout en obtenant des armes et munitions en échange. Leurs avocats démentent.

Au soir du 7 janvier, jour de l’attaque contre Charlie Hebdo, les deux hommes avaient fermé à 23 h une ligne téléphonique pour en ouvrir une autre, le lendemain matin.

"Un réquisitoire très sévère"

"C’est un réquisitoire très sévère qui ne fait pas la distinction entre ceux qui sont dans le terrorisme et ceux qui sont dans les petits trafics d’armes et de stupéfiants", réagit Me Jean Chevais, avocat de Karasular. Il plaidera la cause de son client mercredi après-midi.

Les peines demandées par le parquet antiterroriste varient de cinq ans à la perpétuité. Les plus lourdes concernent Ali Polat et Mohamed Belhoucine (perpétuité) ainsi qu’Hayat Boumeddiene (trente ans), en fuite et se trouvant probablement à Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie.

"Je sais que votre plume ne tremblera pas dans le silence de votre délibéré. La condamnation devra être à la hauteur de l’extrême gravité des agissements", a dit l’avocate générale en s’adressant aux juges qui composent cette cour d’assises spéciale, sans jury populaire.

La parole est maintenant aux avocats de la défense. Le verdict est attendu pour le 16 décembre.