Lors de cette visite, Mme Von der Leyen a été installée sur un sofa à distance des deux présidents assis quant à eux dans des fauteuils côte à côte.

Au-delà de la surprise qu'elle a d'ailleurs affichée dans son expression en poussant un "Ehm" d'exaspération, l'Allemande "a préféré donner la priorité à la substance plutôt qu'à des questions de protocole ou de forme, et c'est certainement ce que les citoyens de l'UE auraient attendu d'elle", a commenté le porte-parole de la Commission, Eric Mamer, lors du point presse quotidien de l'exécutif.

Ce dernier a souligné que le rang protocolaire de la présidente Von der Leyen était "exactement le même" que celui du président Michel. L'Allemande est d'ailleurs membre à part entière du Conseil européen et lorsqu'elle se rend en visite officielle à l'étranger, "elle est traitée exactement de la même manière que le serait le président du Conseil européen".

La visite des deux dirigeants de l'UE à Ankara a été préparée notamment avec la délégation de l'Union à Ankara, mais le service protocolaire de la Commission ne participait pas au déplacement en raison des restrictions sanitaires, selon le porte-parole. Mme Von der Leyen a demandé à son équipe de "prendre les contacts nécessaires" pour obtenir des éclaircissements et s'assurer qu'un tel incident ne se reproduise plus.

Des réactions dans toute l'Europe

L'UE et la Turquie cherchent à relancer leurs relations échaudées par une année de tensions non seulement sur des problématiques géostratégiques, mais aussi sur les atteintes aux droits fondamentaux par le régime Erdogan, et notamment sa décision de quitter la convention d'Istanbul sur la prévention de la violence contre les femmes et les enfants.

À l'issue de la rencontre, Mme von der Leyen n'avait pas mâché ses mots lors de la conférence de presse. "Je suis profondément inquiète du fait que la Turquie se soit retirée de la Convention d'Istanbul", avait-elle lancé. "Il s'agit de protéger les femmes, et de protéger les enfants contre la violence, et c'est clairement le mauvais signal en ce moment", a-t-elle ajouté. "Les questions relatives aux droits de l'homme ne sont pas négociables", a-t-elle martelé.

Plusieurs élus européens ont réagi avec virulence. "D'abord, ils se retirent de la Convention d'Istanbul et maintenant ils laissent la présidente de la Commission européenne sans siège lors d'une visite officielle. C'est honteux. #WomensRights", s'est insurgée la présidente du groupe socialiste au Parlement européen, l'Espagnole Iratxe Garcia Perez, dans un message sur son compte Twitter.

Ce "Ehm" est le nouveau terme pour 'ce n'est pas comme ça que la relation UE-Turquie devrait être menée'", a commenté l'eurodéputé allemand Sergei Lagodinsky.

"En tant que femme, mère d'une petite fille, responsable politique et Européenne, je suis très choquée", a commenté Assita Kanko (N-VA).

"Après le retrait de la Turquie de la Convention d'Istanbul, nous attendons des représentants de l'UE qu'ils se lèvent pour les droits des femmes", a lancé Saskia Bricmont (Verts/ALE) à l'adresse notamment de Charles Michel.

Ce dernier n'a en effet pas été épargné par les critiques. Dans son propre camp libéral, l'eurodéputée néerlandaise Sophie in 't Veld s'est demandée pourquoi le président du Conseil était resté "silencieux" alors que sa collègue se retrouvait sans siège.

Pour l'eurodéputé belge Tom Vandekendelaare (CDV), l'ex-Premier ministre belge a raté une occasion d'offrir son fauteuil à Mme Von der Leyen ou d'insister pour en réclamer un autre, "malgré le fait que c'était, au sens strict du terme, une réunion entre le Conseil et la Turquie".

Pour d'autres sources européennes, l'intention de la Turquie n'était pas de manquer de respect. La partie turque "a accueilli courtoisement les deux présidents en adhérant strictement aux règles du protocole international", a fait observer un responsable de l'UE, ajoutant que Charles Michel aurait risqué de provoquer un "incident" s'il avait cherché à changer les dispositions des sièges sur place.

Quant à imaginer que Mme Von der Leyen durcira sa position vis-à-vis de la Turquie à la suite de cet incident protocolaire, "ce n'est pas un incident isolé qui va changer le fond de sa politique", a assuré Eric Mamer.