Le gouvernement social-démocrate roumain n'aura pas survécu à la motion de censure qui a été débattue et soumise au vote au Parlement ce jeudi. Celle-ci a été soutenue par 238 députés, alors que 233 votes seulement étaient nécessaires pour écarter du pouvoir la gauche populiste, accusée de détricoter l'état de droit et de miner l'image de la Roumanie sur la scène européenne avec sa rhétorique eurosceptique. "Aujourd'hui, le Parlement roumain a démis de ses fonctions le gouvernement du Parti social-démocrate, qui s'est moqué de la Roumanie comme personne ne l'a fait depuis 30 ans. Se termine ainsi une période de destruction, de haine et de division et commence une période de construction au cours de laquelle le gouvernement sera mis au service du citoyen", a déclaré Ludovic Orban, leader du Parti national libéral (PNL, centre-droit), pressenti comme le futur Premier ministre.

Le gouvernement restera en fonction et ne bénéficiera que de pouvoirs très limités, le temps qu'un nouveau Premier ministre, proposé par le président Klaus Iohannis (PNL), obtienne la confiance du Parlement et installe sa nouvelle équipe au Palais de la Victoire (siège du gouvernement roumain). A couteaux tirés avec le PSD, le succès de cette motion de censure est victoire incontestable pour M. Iohannis, candidat aux présidentielles de novembre prochain, qui y a mis tout son poids politique. "Nous aurons un autre gouvernement la semaine prochaine!", avait-il déclaré la semaine dernière, lors d'une réunion des libéraux à Iasi. "Je le dis publiquement, pour que tout le Roumain comprenne: je veux que cette motion soit adoptée et que ce gouvernement défaillant tombe". Son vpeu est donc exaucé. 

Son parti, le PNL, principal parti d'opposition, pourrait former un gouvernement minoritaire, avec le soutien au Parlement des députés de la nouvelle alliance progressiste USR/PLUS, du nouveau parti PRO Roumanie, du Parti Mouvement populaire (PMP), de l'’Union démocrate magyare de Roumanie et du groupe des minorités nationales. Le scénario d'élections anticipées est très peu probable. Selon la Constitution, des anticipations ne peuvent être organisées que si le Parlement rejette consécutivement deux propositions de Premier ministre. Difficile d'imaginer les parlementaires mettre fin à leur mandat moins d’un an plus tôt, les élections législatives étant prévues pour 2020.

"Tous les autres partis se sont unis, des collègues du PSD nous ont également trahis. Ce n'est pas un problème, nous partons avec un sentiment de devoir accompli", a brièvement déclaré la Première ministre sortante Viorica Dancila. Ce vote est un coup dur pour le Parti social-démocrate, réputé comme le parti le plus puissant de la Roumanie. La gauche populiste a enchaîné les défaites ces derniers mois, ses réformes controversées de la justice et son bras de fer avec l'Union européenne ayant mobilisé ses adversaires.

Reste que ce vote ne signifiera certainement pas la fin du PSD, peut-être pas non plus son affaiblissement. S'il est aujourd'hui en chute dans les sondages - et vu son score électoral divisé par deux lors des européennes de mai 2019 -, son passage dans l'opposition pourrait lui donner l'occasion de se refaire une santé. Aussi, le parti bénéficie-t-il d'une base électorale facilement mobilisable, ce qui n'est pas nécessairement le cas des partis d'opposition.