Son incarcération a suscité des condamnations de l'UE et des Etats-Unis, qui ont réclamé sa libération. Des appels rejetés par la Russie.

Charismatique militant anti-corruption et ennemi juré du Kremlin, M. Navalny, 44 ans, accuse le président Vladimir Poutine d'avoir ordonné son assassinat au poison Novitchok en août, ce que la Russie dément. Dimanche, l'opposant est rentré dans la capitale russe, après cinq mois de convalescence en Allemagne. Il a été interpellé dès son arrivée, le FSIN, le service pénitencier russe, lui reprochant d'avoir violé des mesures de contrôle judiciaire en allant se faire soigner à l'étranger. Dans la nuit, il a été transféré de l'aéroport de Cheremetievo au commissariat de Khimki, une banlieue de Moscou, mais jusqu'ici il n'a pu voir ses avocats.


Nouvelle accusation

Les partisans de l'opposant russe Alexeï Navalny ont affirmé lundi que son arrestation la veille à son arrivée à Moscou, après une longue convalescence en Allemagne, était "illégale" et que la police le privait d'accès à ses avocats. "Il est détenu illégalement, on ne laisse pas ses avocats le voir", a dénoncé le Fonds de lutte contre la corruption, l'organisation de l'opposant.

Selon sa porte-parole Kira Iarmych, deux conseils de l'opposant ont été autorisés à entrer dans le bâtiment du commissariat de Khimki, en banlieue de Moscou, où il détenu. "Mais on ne les laisse pas voir Alexeï", a-t-elle dit sur Twitter.

L'une des avocates, Olga Mikhaïlova a affirmé à l'antenne de la radio Ekho de Moscou que la police "viole la loi en empêchant la défense" de M. Navalny de le rencontrer.

"Prisonnier de conscience"

En s'envolant pour Moscou, Alexeï Navalny s'était dit "très heureux" de rentrer et avait assuré n'avoir peur de rien. "On va m'arrêter? Ce n'est pas possible, je suis innocent", avait-il ironisé. L'ONG Amnesty International a estimé qu'Alexeï Navalny était désormais un "prisonnier de conscience" victime d'une "campagne implacable" des autorités russes. Le président du Conseil européen Charles Michel, la France, l'Allemagne ou encore la Pologne ont réclamé une libération "immédiate", tout comme la future administration du président élu américain Joe Biden. Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a dénoncé une tentative de "faire taire Navalny". La porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova leur a rétorqué via Facebook de "se mêler de leurs propres problèmes".


Alexeï Navalny était subitement tombé dans le coma en août, alors qu'il revenait d'une tournée électorale en Sibérie. D'abord hospitalisé à Omsk, il avait finalement été évacué vers un hôpital berlinois sous la pression de ses proches. Trois laboratoires européens ont depuis conclu que l'opposant avait été empoisonné par un agent innervant de type Novitchok, développé à l'époque soviétique à des fins militaires, conclusion confirmée par l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC).

La Russie a elle multiplié les versions: maladie, mauvaise hygiène de vie, provocation de services secrets occidentaux... Elle se refuse donc à ouvrir une enquête criminelle.

Largement ignoré des médias nationaux russes, Alexeï Navalny reste la principale voix de l'opposition grâce à une audience très large sur les réseaux sociaux (sa chaîne YouTube a 4,8 millions d'abonnés) et ses enquêtes sur la corruption des élites et l'entourage de M. Poutine. Sa notoriété reste toutefois limitée en dehors des grandes agglomérations. Selon un sondage du centre indépendant Levada de septembre, seuls 20% des Russes approuvent son action.