"L'Etat vous a laissé tomber", a déclaré le Premier ministre irlandais Micheal Martin devant le Parlement, au lendemain de la publication d'un rapport attendu de longue date.

Celui-ci a mis en lumière la surmortalité dramatique dans ces établissements tenus par des religieuses catholiques et l'Etat, et l'hostilité générale de la société envers ces naissances alors considérées comme illégitimes.

"Je présente mes excuses pour le profond tort causé aux mères irlandaises et à leurs enfants qui se sont retrouvés" dans ces "maisons mère-enfant", a déclaré le chef du gouvernement.

Après cinq ans d'enquête, la commission a mis en évidence 9.000 décès, soit 15% des 57.000 enfants qui sont passés par ces établissements en 76 ans. Le taux de mortalité pour les enfants nés hors mariage était presque deux fois plus important dans ces établissements qu'en dehors, a souligné le Premier ministre.

Ces maisons accueillaient des jeunes filles ou jeunes femmes rejetées par leurs familles qui n'avaient pour la plupart "aucune alternative", selon le rapport.

Les enfants qui y naissaient étaient souvent séparés de leur mère pour ensuite être adoptés, rompant tout lien avec leur famille biologique.

La période la plus ancienne étudiée par la commission met en évidence à quel point le "manque d'éducation sexuelle a laissé des jeunes femmes dans l'ignorance même de comment et pourquoi elles sont tombées enceinte", certaines après avoir subi "viol et/ou inceste", a souligné Micheal Martin.

"Les enfants nés en dehors du mariage étaient stigmatisés, traités comme des parias", a-t-il dénoncé.

"Dieu ne veut pas de toi"

"Nous avons adopté une morale et un contrôle religieux pervers, un jugement et une certitude morale, mais nous avons rejeté nos filles", a-t-il poursuivi, "nous avons honoré la piété, mais nous ne sommes pas parvenus à faire preuve de la plus élémentaire des gentillesses envers ceux qui en avaient le plus besoin".

La publication du rapport a également conduit le primat d'Irlande, l'archevêque Eamon Martin, à présenter des excuses "sans réserves". "Je reconnais que l'Eglise faisait clairement partie de cette culture dans laquelle des gens étaient fréquemment stigmatisés, jugés et rejetés", a-t-il déclaré mardi soir.

L'enquête avait été ouverte en 2015 dans le sillage des travaux d'une historienne, Catherine Corless. Elle affirmait que près de 800 enfants nés dans l'une de ces maisons de naissance, le foyer St Mary des soeurs du Bon Secours de Tuam (ouest de l'Irlande), avaient été enterrés dans une fosse commune entre 1925 et 1961.

Le rapport final en impute surtout la responsabilité aux familles qui envoyaient les jeunes mères dans ces établissements ou ne leur laissaient pas d'autre choix faute de soutien, et au delà à toute la société irlandaise.

Pour Paul Redmond, responsable d'une associations de victimes, le rapport représente une "dérobade". "Les familles étaient sous la pression de l'Eglise et de l'Etat", a-t-il déclaré à l'AFP. "C'était une politique officielle dans ce pays jusqu'à 1974 de séparer les mères célibataires de leurs enfants", a-t-il dénoncé, soulignant que 10.000 à 15.000 enfants "adoptés illégalement" ont été "complètement ignorés" dans les conclusions de l'enquête.

Celle-ci a fait valoir qu'un "examen complet" des procédures n'entrait pas dans le périmètre de son mandat.

Au fil des presque 3.000 pages du rapport se succèdent les témoignages poignants. "Une nonne m'a dit: + Dieu ne veut pas de toi... tu es sale+" a déclaré une victime citée dans le rapport.

Celui-ci a également mis en évidence que sept essais de vaccins ont été menés dans des conditions contraires à l'éthique dans ces maisons entre 1934 et 1973.