Convoqué jeudi, le ministre des Finances Olaf Scholz va devoir défendre son action dans un face à face très attendu avec les députés, à cinq mois des élections législatives où il est le candidat des sociaux-démocrates à la chancellerie.

La commission d'enquête se demande aussi ce que savait Angela Merkel des agissements supposés criminels des responsables de Wirecard, longtemps coqueluche de la bourse avant sa faillite retentissante. La dirigeante sera entendue vendredi.

Ce défilé du who's who gouvernemental a débuté mardi avec le ministre conservateur de l'Economie Peter Altmaier, suivi mercredi du secrétaire d'Etat aux Finances Jörg Kukies, un social-démocrate.

Haro sur la Bafin

Jeune société de paiements dématérialisés à la croissance fulgurante, Wirecard s'est retrouvée à l'épicentre d'une gigantesque fraude quand ses dirigeants ont admis que 1,9 milliard d'euros inscrits dans les comptes n'existaient pas. La société a été mise en liquidation fin août.

L'affaire a mis en lumière des "manquements qui convergent vers un point central, la Bafin", le régulateur financier allemand, dénonce le député conservateur Matthias Hauer.

Cette instance de supervision, placée sous la houlette du ministère des Finances, n'a pas vu venir le scandale et cela "pose la question de la responsabilité politique d'Olaf Scholz et de ses secrétaires d'État", affirme l'élu.

La Bafin est notamment mise en cause pour avoir interdit les ventes à découvert sur le titre Wirecard, entre février et avril 2019, pour empêcher la dégringolade du titre en bourse déclenchée par des allégations de malversations dans la presse économique.

Cette décision "sans précédent" a contribué à "dissimuler la fraude pendant des mois", fustige auprès de l'AFP le député libéral Frank Schäffler, membre de la commission d'enquête.

Il estime que M. Scholz "a gravement endommagé la confiance dans la place financière allemande".

Lacunes des auditeurs

Dans cette recherche de responsabilités, teintée d'arrière-pensées politiques, les députés sociaux-démocrates et l'opposition parlementaire ciblent pour leur part les cabinets d'audit, ce qui rejaillit sur le ministère de l'Economie, tenu par les conservateurs.

Les auditeurs de la multinationale du conseil financier EY ont approuvé dix ans durant les comptes de Wirecard et les lacunes de leur travail ont été recensées dans une récente expertise remise à la commission d'enquête.

Si l'autorité de surveillance des cabinets d'audit (Apas) "n'a pas été performante alors le ministre (Altmaier) n'a pas non plus fait correctement son travail", a estimé mardi le député libéral Florian Toncar.

Le chef de l'Apas a été par ailleurs été mis à pied en décembre pour avoir spéculé à titre privé sur des actions Wirecard au moment où la société était soupçonnée d'irrégularités.

D'autres têtes sont tombées dont Felix Hufeld, l'ancien patron de la Bafin, récemment remplacé.

Voyage en Chine

Angela Merkel sera interrogée vendredi sur un voyage officiel qu'elle a effectué en Chine en 2019, embarquant des responsables de la fintech qui cherchaient alors à se faire ouvrir les portes auprès des autorités chinoises.

M. Schäffler se demande s'il était "approprié de placer Wirecard sous sa protection lors de ce voyage ou bien si la chancellerie n'aurait pas dû réagir plus tôt aux alertes" qui commençaient à circuler.

La chancellerie n'avait cependant pas donné suite, plusieurs mois auparavant, à une demande de rencontre avec le dirigeant de Wirecard, Markus Braun, alors au sommet de sa gloire.

M. Braun est incarcéré depuis cet été dans le sud de l'Allemagne, dans le cadre d'une vaste enquête judiciaire menée par le parquet.

Parmi les premiers à comparaître devant la commission d'enquête à l'automne, cet Autrichien de 51 ans a refusé de s'exprimer.

Son ancien bras droit, Jan Marsalek est en fuite depuis des mois. De nombreuses informations de presse le présentent comme un interlocuteur de divers services de renseignement, dont ceux de la Russie.