Fidèle parmi les fidèles d'Emmanuel Macron qu'elle accompagnait depuis six ans, la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye a quitté mardi la politique après avoir concentré la foudre des critiques sur ses maladresses, mais aussi, jusqu'à l'excès, sur sa personne.

En passant le relais mardi sur le perron de l'Hôtel Rothelin-Charolais à son jeune successeur Gabriel Attal, Mme Ndiaye a tourné, à 40 ans, la page d'une longue mission auprès du chef de l'Etat, dont elle fut une protectrice acharnée.

Ces 15 mois au porte-parolat n'ont pas été "chose facile, c'est le moins qu'on puisse dire", a-t-elle glissé dans un sourire, assurant avoir "assumé (s)on rôle avec sincérité, sans rien renier" de ce qu'elle est.

Alors que son entourage assure qu'elle a refusé plusieurs propositions pour devenir ministre déléguée, Mme Ndiaye a simplement dit vouloir se "consacrer à (s)a famille, (s)es proches".

"J'ai toujours considéré qu'il ne fallait pas dans une démocratie vivace des professionnels de la politique, mais des professionnels en politique. Ce précepte je me l'applique aujourd'hui à moi-même", a-t-elle ajouté

Face à elle, à une vingtaine de mètres, le portail défoncé en 2018 lors des manifestations des "gilets jaunes" rappelle que ce ministère peut catalyser les colères.

Car Sibeth Ndiaye a durement encaissé les coups durant la crise sanitaire, au gré de déclarations parfois intempestives, parfois contradictoires, mais reflétant aussi les atermoiements de l'exécutif et des experts.

"Moi, je ne sais pas utiliser un masque. L'utilisation d'un masque, ce sont des gestes techniques précis", avait-elle notamment fait valoir pour justifier l'absence de protection, inutiles selon elle si on n'est "pas malade". Elle avait aussi auparavant suscité la colère en évoquant "les enseignants qui ne travaillent pas" durant l'épidémie.

"Les gens concentrent sur elle ce qu'ils ont perçu comme étant un mensonge d'Etat, sur les masques par exemple. C'est très injuste mais c'est comme ça", résume ainsi un ministre.

Un autre membre du gouvernement insiste, ulcéré par la déferlante de haine la visant sur les réseaux sociaux: "Je mets au défi tous ceux qui la massacrent de parler aussi souvent qu'elle sans faire aucune boulette".

"Situation extraordinaire"

"Sans doute certaines choses auraient pu être mieux faites", a-t-elle concédé mardi, tout en pointant "une situation véritablement extraordinaire et une doctrine scientifique pour le moins parfois mouvante".

"Tu as fait paratonnerre pour le collectif", a salué en retour M. Attal, vantant le "courage" de Mme Ndiaye.

Outre ses gaffes, Mme Ndiaye, d'origine sénagalaise, a dû parer des attaques plus personnelles, à l'image de l'eurodéputée LR Nadine Morano qui avait fustigé ses "inepties débitées souvent en tenue de cirque" et ses prétendues "grandes lacunes sur la culture française".

Un rude passage dans la lumière donc, pour celle qui fut d'abord et avant tout l'ombre portée d'Emmanuel Macron comme conseillère presse, du ministère de l'Economie (2014-2016) à la campagne présidentielle puis l'Elysée (2017-2019).

Durant cette période, elle nouera des relations parfois conflictuelles avec les journalistes pour son âpreté à défendre la ligne et les consignes. "J'assume de mentir si c'est pour faire sorte que le président soit tranquille", avait-elle lancé un jour à un reporter juste avant le deuxième tour de l'élection présidentielle.

Ce dévouement lui vaudra une place particulière auprès de M. Macron, à qui elle a adressé mardi une "pensée émue pour ces années de compagnonnage, pour la confiance et la complicité qui ont marqué notre relation".

Le départ de cette ancienne strauss-khanienne, proche de Claude Bartolone, marque aussi la poursuite de l'éloignement du noyau historique qui a entouré Emmanuel Macron dans la conquête du pouvoir (Ismaël Emelien, Sylvain Fort, Benjamin Griveaux...) et dont le rôle en vue de 2022 est toujours entouré d'incertitude.