Face à l'exaspération de Chypre, les chefs d'État et de gouvernement auraient donc à trancher entre plusieurs pistes pour réaffirmer l'unité de l'Union confrontée aux actions turques jugées illégales. Reste à savoir si cela passera, ou non, par des sanctions additionnelles, et ce qu'il adviendra des sanctions envisagées contre des personnalités biélorusses.

"Nous voulons plus de stabilité, de prédictibilité, et nous sommes en totale solidarité avec Grèce et Chypre afin de protéger et de défendre des droits souverains", a expliqué le Belge avant de retrouver les 27 chefs d'État et de gouvernement. "Nous sommes prêts à nous engager de manière positive (...), à dire clairement ce que nous voulons pour l'avenir dans la relation entre l'UE et cette partie du monde".

Ankara a provoqué la colère des Européens avec des activités répétées de forage en mer, à la recherche d'hydrocarbures, dans des eaux chypriotes ou disputées par la Grèce. En fin d'année dernière, l'UE avait établi un nouveau "cadre" de mesures restrictives, permettant de placer sur une liste de sanctions les personnes et entités qui participeraient, financeraient ou seraient impliquées d'une manière ou d'une autre dans des forages jugés illégaux en Méditerranée orientale. Ceux qui se retrouvent sur cette liste voient leurs avoirs européens gelés, sont interdits de voyage dans l'UE et ne peuvent pas non plus y obtenir de financements. En début d'année, deux noms d'individus turcs ont finalement été placés sur cette liste.

Dernièrement, Chypre a exigé d'aller plus loin, notamment après des manœuvres militaires turques en Méditerranée orientale cet été. Pour forcer les 27 à la suivre, l'île a jusqu'ici refusé de valider des sanctions contre les responsables de la répression et de la falsification présumée des élections présidentielles au Bélarus, décidant d'exiger que les deux dossiers avancent au même rythme. Or, les sanctions demandent l'unanimité des 27. L'UE a déjà préparé une liste d'une quarantaine de personnes qu'elle voudrait sanctionner dans le dossier biélorusse. Mais, "malgré une volonté claire" des 27 selon le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell, ces sanctions n'ont toujours pas pu passer le dernier écueil, près de deux mois après les élections controversées dont l'Union ne reconnait pas le résultat.

La question a donc été renvoyée vers le sommet de ces jeudi-vendredi. Un projet de conclusions obtenu par l'agence DPA envisage que Chypre serait prête à donner finalement son feu vert aux sanctions contre le régime d'Alexandre Loukachenko. On devra en revanche discuter de l'opportunité de placer le président biélorusse controversé lui-même parmi les sanctionnés. Selon l'AFP, un projet de conclusions inclut que les 27 condamnent "des violences inacceptables" ainsi que "les intimidations, arrestations et détentions arbitraires" d'opposants par le régime d'Alexandre Loukachenko. Ils devraient aussi appeler à rejeter toute "ingérence extérieure", une mention visant implicitement Moscou.

Par rapport à la Turquie, il s'agirait de trouver un équilibre délicat: il ne faut pas compromettre le dialogue qu'Athènes et Ankara ont promis de reprendre, tout en se montrant fermes. En cas d'apaisement, l'UE se dit prête à reprendre les discussions sur l'Union douanière avec Ankara et la délivrance de visas.