En 2018, la Chambre régionale des comptes avait signalé à la Justice "plusieurs irrégularités importantes" dans la passation de marchés publics pour l'organisation de la "Fête des Tuiles", un rassemblement populaire organisé chaque année par la ville depuis l'élection M. Piolle en 2014.

A la suite de ce signalement, une enquête avait été ouverte en mai 2018 par le parquet de Valence, où le dossier a été dépaysé.

Mardi, Eric Piolle était entendu par la brigade financière de la police judiciaire de Valence, ainsi que l'avait révélé le quotidien régional Le Dauphiné Libéré.

Dans son rapport publié en septembre 2018, la Chambre régionale des comptes indiquait que la municipalité a, contre l'avis de son service des marchés publics, attribué par deux fois l'organisation d'une partie de cette fête à une association, "Fusées", proche de la majorité municipale.

"Tentative d'effacement"

Pour l'édition 2015, un marché public de 123.455 euros a été accordé à cette association.

"Le service des marchés publics (...) a, exceptionnellement refusé de donner son visa, la procédure ayant été menée par la direction de la communication, sans publicité ni mise en concurrence," notait le rapport.

La Cour ajoutait que, pour organiser cette première édition, "la commune a recruté des personnes membres de l'association Fusées, pourtant titulaire du marché (...), ce qui est contraire aux principes de la commande publique".

Elle soulignait également que, pour un autre contrat portant sur cette fête, un devis ayant valeur de contrat "a fait l'objet d'une tentative d'effacement des dates de réception", ce qui a permis "de ne pas faire figurer de dates incohérentes".

La même association a été reconduite pour la seconde édition en 2016 sans mise en concurrence.

"En définitive, la passation de ces marchés pour près de 300.000 euros HT présente plusieurs irrégularités importantes," concluait l'institution qui dépend de la Cour des comptes.

En réponse, l'entourage du maire, citant la réponse faite en 2018 par la mairie au rapport, fait valoir que le projet de la fête des Tuiles, avec "les caractéristiques particulières du projet associant création artistique et association du public et des citoyens, n'entre pas dans la définition de la prestation d'organisation d'événement mais bien dans la création artistique."

"Ce type de prestation permet de choisir un prestataire de façon adaptée, c'est-à-dire sans mise en concurrence", poursuit l'entourage du maire. "Si cette possibilité de non mise en concurrence était offerte à la Ville de Grenoble, elle a malgré tout tenu à mettre en place une procédure qui a permis à plusieurs projets d'émerger et d'aboutir à un choix final."

Règlement de compte politique ?

"C'est clairement un arrangement entre amis", estime cependant un ancien élu de la majorité joint par l'AFP, qui évoque des "relations fortes" entre l'édile et l'association.

Il se souvient notamment que lors des municipales de 2014, une réunion de l'équipe de campagne d'Éric Piolle s'est tenue "dans l'appartement du directeur de l'association". Propos démentis par l'entourage du maire, qui parle d'un "espace de coworking".

En mai 2019, deux Grenobloises proches de l'ancien ministre Alain Carignon (LR), le principal opposant à M. Piolle à Grenoble, avaient déposé une première plainte, puis une autre, contre X en septembre 2019, avec constitution de partie civile.

Cette seconde plainte n'avait pas donné lieu à la saisie d'un juge d'instruction pour des raisons de procédure.

Joint par l'AFP, Alain Carignon, ancien maire de Grenoble condamné en 1996 pour corruption, tient simplement à énoncer "les faits" et critique "un homme qui n'a plus que l'ambition présidentielle en tête" et "ne fait plus son travail de maire" de Grenoble.

Lors de l'ouverture de l'enquête préliminaire, en mai 2018, Eric Piolle avait expliqué qu'il avait respecté la procédure et qu'il était victime d'un règlement de compte politique.

Depuis cette figure du parti Europe-Ecologie-Les Verts (EELV), facilement réélue à Grenoble en 2020, a laissé planer l'hypothèse de sa candidature à l'élection présidentielle de 2022.

"Contrairement à d'autres, nos élu.e.s ne fuient ni ne dénigrent la justice", a réagi sur Twitter le chef des Verts Julien Bayou, assurant que la décision de la ville était "parfaitement légale".

"Je dis mon estime et amitié à Eric Piolle. Je suis certain que sa décision concernant la fête des Tuiles était la bonne," a estimé le leader Insoumis Jean-Luc Mélenchon.