Sa dépouille a été repêchée dans la Loire. Sa chute a-t-elle été provoquée par une intervention policière, fin juin ?

"Où est Steve ?" La réponse, funeste, à cette question, posée depuis plus d’un mois par les proches et amis de Steve Maia Caniço, est désormais connue. Le corps du jeune animateur périscolaire âgé de 24 ans a été repêché lundi dans la Loire, à Nantes, et identifié, mardi matin, à l’issue d’une autopsie judiciaire. Steve Maia Caniço était porté disparu depuis une intervention de la police lors de la Fête de la musique, à un demi-kilomètre de l’endroit où sa dépouille a été repérée par un capitaine de la navette fluviale, puis repêchée par les pompiers. "Si on se met à la place des parents de Steve, c’est à la fois un soulagement, parce qu’une sépulture va être possible, mais c’est aussi une terrible nouvelle et un énorme choc que la mort de leur fils. Je pense qu’ils attendent maintenant de se recueillir. Ensuite, ils auront des attentes judiciaires", a déclaré l’avocate de la famille, Cécile de Oliveira, sur France Info.

Des zones d’ombre demeurent au sujet de l’intervention des forces de l’ordre survenue le 22 juin vers 4 h du matin. Elles avaient fait usage de grenades lacrymogènes pour disperser les participants d’une soirée techno qui se tenait sur l’île de Nantes, dans la ville de Loire-Atlantique. S’en était suivie une panique, et une quinzaine de personnes étaient tombées dans le fleuve, depuis le pont sans parapet. On ne savait pas, alors, si Steve Maia Caniço était l’une d’entre elles, mais le jeune homme, qui ne savait pas nager, n’avait plus donné signe de vie depuis cet événement.

La police affirme qu’il n’y a eu "aucune charge" des forces de l’ordre, visées selon elle par des projectiles. Plusieurs témoins, dont les propos ont été rapportés par des médias français, ont cependant qualifié l’intervention policière de "disproportionnée" et d’imprudente.

"Pas de lien entre l’intervention et la disparition"

Des investigations judiciaires ont été menées à la suite de la disparition de Steve Maia Caniço, signalée le 23 juin 2019, a précisé mardi le procureur de Nantes, Pierre Senès, qui a annoncé l’ouverture d’une "information judiciaire contre X du chef d’homicide involontaire".

Mardi, le Premier ministre Édouard Philippe a déclaré que le rapport de l’Inspection générale de la police n’établissait pas "de lien entre l’intervention des forces de police et la disparition de Steve Maia Caniço". Le chef du gouvernement a cependant admis que "l’enchaînement des faits reste confus". "Compte tenu de la proximité immédiate de la Loire et du risque de chute dans le fleuve, les mesures préventives étaient-elles adaptées et proportionnées ?" a-t-il ainsi interrogé, se demandant si les forces de police disposaient d’instructions assez claires sur la façon de répondre "à d’éventuels troubles de l’ordre public". Affirmant ne pas pouvoir se "satisfaire" de ces zones d’ombre, M. Philippe a ajouté avoir décidé de saisir mardi "l’inspection générale de l’administration pour […] comprendre les conditions d’organisation de l’événement par les pouvoirs publics, mairie et préfecture, ainsi que les organisateurs privés".

Toutes les formations politiques ont demandé à ce que la lumière soit faite sur les circonstances de la disparition de Steve Maia Caniço. L’affaire risque de fragiliser davantage le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, alors que des accusations récurrentes de violences visent les forces de police, en particulier depuis le déclenchement de la crise des "gilets jaunes".