L'islamologue suisse Tariq Ramadan a été condamné vendredi par le tribunal correctionnel de Paris à 3.000 euros d'amende, dont 2.000 avec sursis, pour avoir révélé dans un livre et à la télévision l'identité d'une des femmes qui l'accusent de viol. M. Ramadan, cinq fois mis en examen pour des viols qu'il conteste, avait été jugé en septembre pour avoir donné le véritable nom de celle qui se présente dans les médias comme "Christelle" et l'accuse de l'avoir violée dans une chambre d'hôtel à Lyon en 2009.

Dans le livre de M. Ramadan "Devoir de vérité", sorti en septembre 2019, le vrai nom de "Christelle" est cité 84 fois. M. Ramadan l'avait aussi notamment prononcé lors d'une interview avec Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV-RMC.

L'avocat de "Christelle", Me Eric Morain, a fait part de sa "très grande satisfaction": "Le tribunal a dit à M. Ramadan qu'il ne pouvait pas impunément s'affranchir des lois".

"Le faible montant de l'amende, 1.000 euros ferme, démontre que le tribunal a pris conscience du positionnement critiquable de la partie civile, qui avait déjà médiatisé son nom à plusieurs reprises", a réagi l'un des avocats de M. Ramadan, Me Pascal Garbarini. "Nous allons interjeter appel", ont aussi indiqué ses autres avocats, Ouadie Elhamamouchi et Nabila Asmane.

M. Ramadan et son éditeur ont aussi été condamnés à payer à "Christelle" un total 5.000 euros de dommages et intérêts.

Il était reproché à l'islamologue d'avoir enfreint la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, qui interdit de "diffuser des renseignements concernant l'identité d'une victime d'une agression ou d'une atteinte sexuelle" sans son accord écrit. Une loi faite pour protéger la victime de la "vindicte et du harcèlement", avait rappelé le procureur dans ses réquisitions, lors de l'audience de septembre.

"Le nom est apparu des millions de fois, avant que je ne l'écrive 84 fois", s'était alors agacé à la barre M. Ramadan.

"Christelle", qui avait en vain tenté de faire interdire la sortie du livre, avait affirmé que la divulgation de son nom était "la pierre angulaire du harcèlement" qu'elle subissait, selon elle, de la part des soutiens de M. Ramadan.