"Unir les forces du pays", "civisme", "solidarité", "cohésion nationale", les éditorialistes reviennent mardi sur les annonces du "chef de guerre" Emmanuel Macron qui a placé la France en confinement sans jamais prononcer le mot.

Plusieurs comme Guillaume Goubert dans La Croix ou Denis Daumin dans La Nouvelle République du Centre-Ouest soulignent ainsi les multiples répétitions du mot "guerre" par le président lundi soir.

Une allocution "martiale et concrète", estime Laurent Joffrin dans Libération. "La France, à son tour, décrète la mobilisation générale", relève ce dernier, utilisant comme beaucoup de ses confrères le registre lexical guerrier.

M. Macron a ainsi annoncé "une nouvelle batterie de mesures aussi exceptionnelles que nécessaires" (Frédéric Barillé, Le Maine Libre), afin que tout un pays "se dresse pour faire front contre l'ennemi" (Jean Levallois, La Presse de la Manche).

Certains comme Florence Chédotal dans La Montagne ou Laurent Joffrin font même des parallèles avec les taxis de la Marne et les Poilus de la Première Guerre mondiale. Ou avec la Seconde Guerre mondiale, comme Stéphane Vernay (Ouest France) en titrant son point de vue "L'Appel du 16 mars".

Maurice Bontinck a intitulé son éditorial dans la Charente Libre "La drôle de guerre est déclarée...", qualifiant de "discours historique" cette nouvelle allocution présidentielle et Emmanuel Macron de "Père la Nation".

"Ressusciter une nation" 

"Dans cette allocution au ton martial, Emmanuel Macron, général en chef des Armées, a donc décrété la mobilisation générale", souligne Pascal Coquis dans les Dernières Nouvelles d'Alsace, estimant qu'"aujourd'hui, il s'agit de faire corps. De faire peuple. De ressusciter une nation".

Selon Guillaume Goubert (La Croix), le président français a "donné un gage très fort de sa volonté d'unir les forces du pays dans cette période sans précédent".

"Seul, il ne peut rien faire. Le salut va venir de la cohésion et de l'implication de tous", renchérit Sébastien Georges dans L'Est républicain. Mais "pour gagner cette guerre inattendue, Emmanuel Macron avance ses pions. Et tant pis si c'est à chaque fois un pan de liberté qui tombe pour les Français".

Un avis partagé par Stéphane Vernay (Ouest France): le "combat" contre le coronavirus "passe par une restriction sans précédent des libertés des Français". Mais il s'agit pour Florence Chédotal (La Montagne) d'un "sevrage gradué pour population perfusée à la liberté".

Semblant leur répondre, Denis Daumin (La Nouvelle République du Centre-Ouest) tente de rassurer en affirmant que "la somme des sacrifices consentis garantira le succès de la contre-offensive lancée" contre cette pandémie qui a déjà fait plus de 7.000 morts dans le monde (127 en France).

D'autant que "rester chez soi est un geste de civisme et l'expression d'une solidarité avec ceux qui doivent sortir pour participer au combat", remarque de son côté l'éditorialiste de La Croix.

Même sentiment chez Patrick Le Hyaric dans L'Humanité qui appelle à "affronter l'épreuve". Selon lui, "se protéger, c'est protéger les autres, et inversement. Cette leçon d'altruisme devrait fonder (...) une éthique commune" qu'il espère durable.

Pour Denis Jeambar dans Nice-Matin, "enfin la France cesse de croire qu'elle est un village gaulois à l'abri de tout".

Reste que le président "chef de guerre" n'a pas convaincu Jean-Marc Chevauché du Courrier Picard, qui regrette le manque d'"anticipation": "On peut, sans mégoter son concours à la Résistance, dire qu'un chef plus étoilé nous manque".

Quand au gel de la controversée réforme des retraites, il est vu par Frédéric Barillé (Le Maine Libre) comme une mesure "d'apaisement (...) car dans ces temps troublés, il convient de renforcer l'unité de la Nation, clef de d'adhésion au plan de bataille du gouvernement".