Au tour des journalistes. Le président Vladimir Poutine a promulgué, lundi, une loi permettant d’étendre le statut d’"agent de l’étranger" aux journalistes. Depuis 2012, la législation russe permettait déjà aux autorités d’accoler cette désignation aux associations recevant des financements hors de Russie et ayant une "activité politique" - un concept dont le flou artistique permet de ratisser assez large. En 2017, ce label a été étendu aux médias, en tant que personnes morales. Sous peine de lourdes amendes, voire de fermeture, la loi oblige les entités étiquetées à des mesures administratives contraignantes et à la mention de leur statut d’"agent de l’étranger" dans toutes leurs publications.

À l’époque stalinienne, cette étiquette était attribuée aux ennemis du peuple ; dans les années 1970 et 1980, elle qualifiait les dissidents accusés d’être à la solde de l’Occident. Aujourd’hui, elle est de retour "et, comme auparavant, elle est utilisée à des fins politiques" , réagissaient les responsables de l’organisation Memorial, en 2016, après une de leurs condamnations. Outre cette célèbre ONG, l’association anticorruption de l’opposant n°1 au Kremlin Alexeï Navalny, le centre de sondage Levada ou encore Radio Free Europe/Radio Svoboda, financée par le Congrès américain, figurent sur la liste.

L’élargissement de ce label aux journalistes constitue, selon les défenseurs des droits de l’homme, un risque supplémentaire de censure, menaçant la liberté d’expression. La loi, publiée sur le portail officiel russe, est entrée immédiatement en vigueur, permettant au ministère de la Justice de désigner comme "agent de l’étranger" toute personne physique travaillant pour des médias considérés comme tels.

Neuf ONG de défense des droits de l’homme, dont Amnesty International et Reporters sans frontières, redoutent que ces dispositions législatives puissent viser non seulement des journalistes, mais aussi tout blogueur ou internaute bénéficiant de bourses, de financements ou de revenus d’un média concerné. "Cela deviendra un outil puissant pour museler les voix d’opposition."