"Il est évident que la Turquie a besoin d'une nouvelle Constitution", a déclaré le dirigeant du Parti d'action nationaliste (MHP, extrême droite), Devlet Bahçeli. "Le MHP prendra ses responsabilités", a-t-il ajouté.

Lundi, sans crier gare, M. Erdogan s'est dit en faveur d'une nouvelle Constitution, moins de quatre ans après avoir profondément amendé la loi fondamentale afin d'accroître ses prérogatives.

Il a souligné qu'en cas d'accord avec le MHP, son partenaire dans la coalition informelle au pouvoir en Turquie, un texte pourrait être rédigé et soumis à référendum. Il n'a toutefois pas donné de calendrier.

M. Bahçeli n'a pas expliqué pourquoi il était favorable à l'adoption d'une nouvelle Constitution, mais en décembre, il avait appelé à interdire le parti d'opposition prokurde HDP, "avec un amendement constitutionnel, s'il le faut".

Le principal parti d'opposition, le CHP (social-démocrate), a accusé mardi M. Erdogan de lancer un débat sur la Constitution pour "changer de sujet" au moment où la situation économique difficile préoccupe les Turcs.

"Ils font cela pour faire diversion et pour servir leurs propres intérêts", a déclaré le porte-parole du CHP Faik Oztrak. Une nouvelle Constitution "n'aurait rien de bénéfique pour ce pays", a-t-il ajouté.

M. Erdogan a déjà procédé en 2017 à une révision de la Constitution actuelle, qui date de 1982 et a été rédigée dans la foulée d'un coup d'Etat militaire.

Aux termes de cette refonte constitutionnelle validée par référendum, la Turquie est notamment passée d'un régime parlementaire à un système présidentiel ayant considérablement élargi les pouvoirs du chef de l'Etat.

Le soudain débat sur une nouvelle Constitution intervient à deux ans d'élections législatives et présidentielle qui s'annoncent difficiles pour M. Erdogan, dans un contexte de crise économique.

Signe des dangers qui le guettent, le parti présidentiel AKP a essuyé en 2019 un spectaculaire revers électoral aux municipales en perdant Istanbul et Ankara, des villes que les islamo-conservateurs contrôlaient depuis un quart de siècle.

M. Erdogan, âgé de 66 ans, est au pouvoir depuis 2003, d'abord en tant que Premier ministre, puis, depuis 2014, en tant que président.

En théorie, la Constitution actuelle lui permet de rester jusqu'en 2028 à la tête de l'Etat.