La Russie a fait hospitaliser lundi l'opposant en grève de la faim Alexeï Navalny tout en jugeant son état "satisfaisant", alors que sa santé est devenue une nouvelle source de tensions russo-occidentales.

Le militant anti-corruption, qui a cessé de s'alimenter il y a trois semaines, a été transféré dans une unité carcérale hospitalière située dans la même région que le camp où il est emprisonné depuis début mars.

"L'état de santé de A. Navalny est jugé satisfaisant", ont assuré les services pénitentiaires, ajoutant qu'il a accepté de prendre "une thérapie vitaminée". Pendant le weekend, ses proches avaient indiqué qu'il risquait la mort à chaque instant.

Sa santé a été au programme lundi d'une réunion des ministres des Affaires étrangères des 27, consacrée plus globalement aux rapports avec la Russie, avec notamment le déploiement de troupes russes aux abords de l'Ukraine et les expulsions croisées de dizaines de diplomates russes et tchèques.

Ce déploiement aux frontières ukrainiennes est "le plus massif jamais enregistré", a déclaré le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell à l'issue de la rencontre, évoquant "150.000 militaires".

Il a également appelé Moscou à donner à Alexeï Navalny un "accès immédiat" à des médecins dans lesquels "il a confiance".

Un proche allié de l'opposant, Léonid Volkov, a dénoncé lundi les "mensonges" des services pénitentiaires et estimé qu'il était transféré "dans un camp de concentration et de torture et non à l'hôpital".

Au début de la rencontre, M. Borrell avait jugé "très inquiétant" son état et jugé les autorités russes "responsables" de sa santé.

Le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a balayé les critiques occidentales. "Nous ne pouvons pas accepter de telles déclarations de la part de représentants d'autres gouvernements", a-t-il déclaré aux journalistes.

Alexeï Navalny a arrêté de s'alimenter le 31 mars pour protester contre ses conditions de détention, accusant notamment l'administration pénitentiaire de lui refuser l'accès à un médecin alors qu'il souffre d'une double hernie discale, selon ses avocats.

Les partisans de l'opposant âgé de 44 ans, qui a survécu a un empoisonnement ordonné selon lui par le Kremin, ont aussi appelé à des manifestations dans toute la Russie mercredi, jour de l'adresse annuelle au Parlement de Vladimir Poutine.

Le ministère de l'Intérieur a prévenu qu'il ne permettra aucune "déstabilisation" et prendra "toutes les mesures qui s'imposent". Le parquet veut lui faire interdire tout le mouvement de M. Navalny pour "extrémisme".

Les messages de fermeté visant Moscou se sont multipliés depuis que les proches du détracteur le plus en vue de Vladimir Poutine ont dressé un bilan alarmant de son état de santé.

"Eviter un prétexte"

Des médecins proches de l'opposant avaient dit samedi craindre qu'il ne fasse un arrêt cardiaque "d'une minute à l'autre", jugeant "critique" la concentration de potassium dans son sang.

En réaction, l'Allemagne et la France ont demandé de manière "urgente" aux Russes de lui fournir un "traitement médical adéquat".

Le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian a évoqué la "responsabilité majeure" de M. Poutine et Washington a mis en garde le Kremlin contre des "conséquences si M. Navalny mourait".

Pour Josep Borrell, l'affaire Navalny et l'Ukraine démontrent que "la tension s'accroît".

A Bruxelles, le dossier ukrainien inquiète tout particulièrement.

"Un conflit reste une possibilité avec un tel déploiement de troupes. Le danger d'un conflit par accident ne peut être écarté", a confié un haut responsable européen.

Le président Volodymyr Zelensky a demandé à l'Otan et à l'UE d'accélérer le processus d'adhésion de son pays pour envoyer au Kremlin "un vrai signal", mais cela lui a été refusé.

"Personne ne veut donner un prétexte à la Russie. L'Otan comme l'UE soutiennent les aspirations de l'Ukraine, mais sans enclencher le processus d'adhésion", ont expliqué plusieurs diplomates des deux organisations.

Qu'il s'agisse de Navalny ou de l'Ukraine, les Vingt-Sept doivent tenter de se mettre d'accord sur des leviers à actionner, mais aucune sanction n'est pour le moment en discussion. Le président français Emmanuel Macron a évoqué cette option samedi "en cas de comportement inacceptable" de Moscou.