Révélant les résultats des premières investigations, le procureur national antiterroriste Jean-François Ricard a expliqué dimanche que l'assaillant présentait une radicalisation "peu contestable" depuis l'automne mais aussi "certains troubles de personnalité".

Voici les principaux points de l'enquête qu'il a évoqués.

L'attaque 

Vendredi à 14H25, Jamel Gorchene, "écouteurs sur ses oreilles", s'"est engouffré" dans le sas du commissariat derrière Stéphanie M., une agente administrative de 49 ans - sans arme ni uniforme - entrée dans la police nationale en 1993.

Il l'a poignardée à la gorge et à l'abdomen, des témoins l'ont entendu crier "Allah Akbar".

Touché par un tir de riposte d'un brigadier, il a refusé de lâcher son couteau, doté d'une lame de 22 cm, le policier a alors effectué "un second tir", a expliqué M. Richard. Tombé au sol, l'assaillant a lancé "son couteau en direction des policiers".

Selon des témoins, l'agresseur avait effectué peu avant de passer à l'acte des repérages devant le commissariat.

Une radicalisation "peu contestable"

L'exploitation de son téléphone portable a révélé que Jamel Gorchene avait consulté "des vidéos de chants religieux glorifiant le martyr et le jihad" avant l'assassinat, a précisé M. Ricard.

Un Coran et un "tapis de prière" ont été saisis dans son scooter et un cabas qu'il avait avec lui.

Peu avant le drame, une caméra de vidéosurveillance l'a filmé se dirigeant vers "une salle de prière provisoire", sans que les images ne permettent d'affirmer qu'il a pénétré "directement" dans ce local. Il a été vu rejoindre le centre-ville un peu plus d'une heure après.

Son père a évoqué une "pratique rigoureuse de l'islam" de son fils.

Basculement à l'automne

Le procureur a évoqué les publications sur Facebook de Jamel Gorchene qui ont révélé, à compter de l'automne dernier, "une adhésion à une idéologie légitimant la violence contre ceux ayant offensé le prophète".

Sur sa page Facebook, jusqu'en 2020, ses posts publics étaient quasiment exclusivement consacrés à la défense de la communauté musulmane, à la lutte contre l'islamophobie ou aux propos du polémiste Eric Zemmour, avait constaté l'AFP vendredi.

Mais "le 24 octobre 2020, quelques jours après l'assassinat de Samuel Paty (par un islamiste, ndlr), l'auteur s'associait à une campagne de soutien au prophète face aux offenses qui lui seraient faites", a confirmé le procureur.

Troubles psychologiques 

Jamel Gorchene, chauffeur-livreur, avait bénéficié à sa demande de deux consultations psychiatriques au centre hospitalier de Rambouillet le 19 et le 23 février. Cependant "il semble que son état n'a nécessité ni hospitalisation ni traitement", a dit M. Ricard.

Le père avait constaté "des troubles de comportement chez son fils en début d'année", tandis que "l'homme qui lui a fourni une attestation d'hébergement" l'avait trouvé "dépressif à la même période".

Un cousin et une cousine habitant à Msaken, en Tunisie, où l'auteur était retourné pour la première fois depuis son arrivée en France entre le 25 février et le 13 mars, ont évoqué auprès de l'AFP sa "dépression".

Les gardes à vue 

Le parquet national antiterroriste a ouvert vendredi une enquête pour "assassinat sur personne dépositaire de l'autorité publique en relation avec une entreprise terroriste et association de malfaiteurs terroriste".

Les investigations ont été confiées à la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) et la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), avec la Sous-direction antiterroriste (Sdat).

Cinq membres de l'entourage de Jamel Gorchene étaient dimanche en garde à vue: son père, qui l'hébergeait à Rambouillet, un couple du Val-de-Marne lui ayant fourni un domicile administratif ainsi que deux cousins.

Les enquêteurs exploitent les matériels et documents saisis lors des perquisitions.

Les investigations se poursuivent pour "identifier les complices, co-auteurs ou instigateurs de l'acte terroriste" en "lien étroit avec les autorités tunisiennes" à qui une demande d'entraide pénale internationale a été adressée, a précisé M. Ricard.

Comme à Joué-les-Tours 

L'assassinat de Stéphanie M. est la "17e attaque commise en France" contre les forces de l'ordre" depuis 2014, a souligné le procureur.

Cette année-là, en décembre, un assaillant avait grièvement blessé au couteau trois policiers dans le commissariat de Joué-les-Tours (Indre-et-Loire) aux cris d'"Allah Akbar".

Depuis, les agressions "se sont multipliées" à Montrouge (Hauts-de-Seine), Magnanville (Yvelines), Paris, Trèbes (Aude) ou Nice, faisant neuf morts parmi les fonctionnaires de police ou militaires et près d'une vingtaine de blessés, "parfois très grièvement".

Les forces de l'ordre "constituent depuis longtemps une cible privilégiée des terroristes qu'ils soient membres d'une organisation ou acteurs isolés", a souligné M. Ricard.