Samedi soir, sous un généreux soleil, plusieurs habitants d'un quartier situé au nord de Paris s'est donné rendez-vous pour danser. Une sorte de bal de rue en plein confinement qui fait grincer des dents partout en France.

Si cette histoire a pris de l'ampleur depuis quelques heures, c’est avant tout car elle a été filmée par un journaliste présent sur place qui a donné de la visibilité à ce bal de rue sur Twitter en expliquant ces quelques secondes d'images comme suit : "Le 18e vient officiellement de s’auto-déconfiner (et il aimerait qu’on le laisse danser)".

Il n'en fallait pas moins pour que cette vidéo devienne virale et inonde la toile sur les réseaux sociaux. Vue près de 7 millions de fois, cette vidéo montre quelques dizaines de personnes qui sont rassemblées au pied d’un immeuble, d’où provient la musique entraînante de Dalida. Certains se laissent aller à quelques pas de danse sur la chanson "Laissez-moi danser".

Puis, survient une deuxième vidéo filmée par le même journaliste. Sur celle-ci, on peut y apercevoir plusieurs voitures et camionnettes de police qui débarquent, avec leurs gyrophares. Les agents descendent, la musique s’arrête, le public applaudit, les gens s’éloignent. On entend alors un homme couper la musique de Dalida et dire au micro : "Je vais arrêter, il n’y a pas de souci, comme je vous l’ai dit, mon but ce n’était pas de créer un rassemblement."


Contactée par Libération, la préfecture de police du 18e arrondissement assure n'avoir verbalisé personne après cette interpellation. "Vers 20h ce samedi, un résident (ndlr : du 18e arrondissement de Paris) a organisé, comme tous les samedis soir, une écoute amplifiée de musique à destination de ses voisins. Jusque-là, cet intermède musical en phase de confinement n'avait pas suscité de problème particulier. Ce samedi, cependant, plusieurs dizaines de personnes se sont regroupées sous ses fenêtres pour danser, au mépris des gestes barrières et des mesures de distanciation sociale. Les policiers ont pris contact avec cette personne, qui a accepté de ne pas renouveler cette expérience. Il n'y a eu aucune verbalisation car la foule s'est dispersée d'elle-même."

Sur Instagram le DJ, qui a rebaptisé son compte en le nommant Discobalcon, se filme et donne une version de la scène de samedi soir qui concorde avec celle de la police : "Nos chères forces de l’ordre sont montées. Ils ont été hyper cool, parce que j’ai répété plusieurs fois que le but ce n’est pas de créer un rassemblement, c’est la première fois qu’il y a autant de monde. Donc voilà, pour Montmartre samedi ça va être fini parce que je suis dépassé. Car c’est moi qui mets la musique, j’ai la responsabilité qu’il y ait autant de monde sur la place et je ne peux pas prendre cette responsabilité. Je ne peux pas demander aux forces de l’ordre de venir chaque semaine pour vous disperser, ceux qui sont en bas, c’est pas le but." 

Le DJ avoue ensuite avoir reçu un avertissement : "Je remercie vraiment les forces de l’ordre qui ont été très indulgentes, très compréhensives. Donc je ne pourrai pas recommencer le samedi à 20h. Les flics ne m’ont pas mis d’amende, ne m’ont pas verbalisé, ils m’ont bien entendu mis un avertissement. Donc si je recommence je serais verbalisé et ils m’ont dit qu’il n’y avait pas de souci pour mettre de la musique, tant que c'est entre balcon, entre voisins."

Au travers d'une interview réalisée par Libération toujours, "Discobalcon" explique avoir reçu "des milliers de messages de haine, y compris de la part du personnel soignant" depuis ce buzz. Une haine qu'il ne comprend pas car "c'était pour leur rendre hommage que je mettais de la musique au balcon" souligne le DJ qui va donc se calmer ces prochaines semaines.