Le fait que la Grèce teste à sa frontière externe de nouvelles technologies pour empêcher ou dissuader les passages clandestins depuis la Turquie est en effet revenu dans l'actualité cette semaine, avec par exemple l'utilisation d'un "canon sonore". L'agence Associated Press y a notamment consacré un reportage paru lundi, qui a entrainé de nombreuses réactions politiques.

On n'y parle pas seulement du fameux canon à son, installé sur un blindé et dirigé vers la Turquie, mais aussi d'un nouveau "mur de métal" le long de la rivière Evros ainsi que de tours d'observation équipées de caméras longue distance et à vision nocturne, et de détecteurs en tous genres, dont les données sont traitées par intelligence artificielle.

"Je suis tout à fait favorable à la garde des frontières européennes, mais encore plus à celle des valeurs européennes. L'objectif n'est pas de dissuader tous les migrants, mais de mieux contrôler la migration. Cela peut et doit se faire de manière humaine", a souligné Sammy Mahdi.

Le secrétaire d'État "enverra une lettre à la Commission européenne pour lancer un débat plus large sur la protection des frontières extérieures et les valeurs humaines".

Dans les rangs des eurodéputés, la Belge Hilde Vautmans (Open Vld, Renew) dénonce aussi le recours à un canon sorore. Elle y voit un "très mauvais signal", "ridicule". "Nous ferions mieux de travailler sur le pacte migratoire qui est actuellement sur la table", a-t-elle réagi par communiqué.

La Commission "préoccupée" pour la dignité humaine

La Commission européenne s'est dite elle jeudi préoccupée par la situation. "La gestion des frontières extérieures de l'Union, du point de vue de l'infrastructure, est de la responsabilité des États membres, mais elle doit toujours être en ligne avec la charte des droits fondamentaux de l'UE, y compris le droit à la dignité", a commenté la Commission, interrogée lors de son point presse quotidien.

"Toutes les mesures prises à la frontière extérieure doivent être proportionnées et respecter les droits fondamentaux, y compris le principe de non-refoulement", a souligné un porte-parole.

L'exécutif européen cherche davantage d'informations auprès des autorités grecques. Il rappelle l'existence de son projet de Pacte sur la migration et l'asile, qui propose un système de gestion des migrations "qui respecte la dignité humaine", avec des procédures "rapides mais justes" aux frontières, ainsi qu'une surveillance renforcée des frontières extérieures.

Sous la houlette de la commissaire Ylva Johansson, qui a proposé un nouveau "pacte" en septembre dernier, les 27 essayent en effet de s'accorder, mais avec difficulté, sur une manière de gérer de manière plus équitable les populations qui tentent d'entrer en Europe pour y demander l'asile. Actuellement, quasi toute la charge repose exclusivement sur les pays d'entrée, aux premiers rangs desquels les pays comme la Grèce, l'Italie ou l'Espagne. À ce dossier hautement explosif viennent s'ajouter les multiples accusations de traitements dégradants des migrants et de "refoulements" illégaux aux frontières externes de l'UE, non seulement dans le chef des forces nationales mais aussi de l'agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes Frontex.