Le Premier ministre irlandais Micheal Martin et ses partenaires de coalition ont estimé mardi soir dans un communiqué que des "préoccupations persistent" en dépit des nouvelles excuses présentées par M. Hogan.

"Il est clair que le commissaire Phil Hogan a commis des manquements aux recommandations sanitaires depuis son arrivée en Irlande", relève M. Martin.

Sous la pression de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, Phil Hogan a décrit dans un communiqué de quatre pages sa visite dans son pays du 31 juillet au 21 août.

Il y reconnaît qu'il "n'aurait pas dû assister à ce dîner", organisé pour les 50 ans du club de golf du Parlement irlandais avec 82 invités, qui a conduit plusieurs personnes à la démission, dont le ministre irlandais de l'Agriculture Dara Calleary.

Affirmant qu'il avait reçu "l'assurance par les organisateurs que le dîner respecterait toutes les règles sanitaires", il a ajouté n'avoir eu "aucune raison d'en douter puisqu'un membre du gouvernement irlandais participait également à l'événement".

Mme von der Leyen, qui a le pouvoir de le congédier, a souhaité qu'il détaille ses faits et gestes durant son séjour.

"Une fois en possession d'un rapport détaillé, la présidente de la Commission aura la certitude d'avoir une vue d'ensemble, ce qui lui permettra d'arriver à une conclusion", avait déclaré une porte-parole de la Commission lors d'un point presse.

M. Hogan a été également surpris en train de téléphoner au volant par un policier irlandais, deux jours avant ce dîner. "Je regrette très sincèrement d'avoir répondu au téléphone alors que je conduisais", a-t-il écrit.

Interviewé par la chaîne publique irlandaise RTE mardi, M. Hogan s'est défendu d'avoir enfreint la quarantaine de deux semaines à laquelle il était soumis après son arrivée dans le pays.

"J'ai fait tout mon possible pour m'assurer de ne faire courir aucun risque à quiconque", a-t-il assuré à RTE. Lors d'une visite à l'hôpital, "j'ai été testé négatif au Covid-19 et mon médecin m'a dit que j'étais libre de partir", a-t-il raconté, justifiant sa décision de mettre fin à cette quarantaine.

Il a renouvelé ses excuses pour avoir participé au dîner de gala, affirmant avoir "commis une erreur" et se disant "embarrassé".

M. Hogan "n'aurait pas dû participer au dîner du club de golf", critique encore le gouvernement irlandais dans son communiqué.

"Les gens ont raison d'être énervés par ces actions étant donnés les sacrifices que nombre d'entre eux ont consentis pour respecter les règles de santé publique", poursuit-il, affirmant que "sa communication tardive et hésitante a sapé la confiance du public".

Cette affaire survient dans un contexte délicat de tensions commerciales persistantes entre les Etats-Unis et l'UE et la démission de M. Hogan de la Commission compliquerait encore les difficiles négociations en cours.

La démission, relativement rare, d'un commissaire est toujours une affaire délicate car elle affecte l'ensemble de l'équilibre géographique et politique sur lequel repose la Commission.

Chaque pays de l'UE dispose d'un poste de commissaire. Et l'équipe de 26 personnes présidée par la conservatrice allemande est le fruit d'un savant dosage entre les principales familles politiques de l'UE, en fonction de leurs résultats aux élections européennes de mai 2019.

Rien ne dit qu'en cas de départ de M. Hogan, l'Irlande parviendrait à garder le prestigieux poste de commissaire au Commerce qu'un autre pays pourrait convoiter.