"La France ne confine pas, elle freine", sourit, quelque peu amer, un membre de La République en marche, le parti présidentiel. L’homme avoue "en off" sa "lassitude face aux hésitations" du chef de l’État sur la politique à mener pour endiguer la nouvelle poussée de contaminations au Covid-19.

Après des jours d’hésitation, Emmanuel Macron a donc décidé un confinement de "troisième voie" pour tenter de concilier exigence sanitaire, vie économique et sociale et acceptabilité de la population. Un défi pour sa crédibilité à 14 mois de la présidentielle.

Jusqu’à sa dernière réunion avec Jean Castex jeudi midi, le chef de l’État, arbitre de ces injonctions contradictoires, n’avait pas tranché. Il penchait initialement pour un confinement le week-end en Île-de-France et dans les Hauts-de-France, ce que son Premier ministre avait pratiquement annoncé sur BFMTV mardi soir.

Mais Emmanuel Macron, très hostile à toute idée d’enfermement, cherchait une nouvelle formule en favorisant le "dehors", comme le prônait son allié François Bayrou, qui a plaidé pour cette idée dès le 14 mars.

S’il avait choisi, contre l’avis des experts, de ne pas reconfiner le 29 janvier, malgré un plateau élevé de contaminations et décès, le remplissage croissant des réanimations a fini par rendre cette option intenable.

Entre "enfermistes" et partisans de l’ouverture, le chef de l’État a préféré ce "freinage sans enfermement", selon l’expression de son Premier ministre. Vendredi, le Président a insisté sur le fait que le mot "confinement" n’était pas adapté. "Ce qu’on veut, c’est freiner le virus sans nous enfermer, ce n’est pas être confiné. C’est vivre avec" le virus, a-t-il expliqué.

"Les semaines perdues"

Selon un sondage Odoxa pour Le Figaro et France Info publié vendredi, seuls 56 % des habitants des territoires concernés par un reconfinement adhèrent à la mesure, considérée à une écrasante majorité trop tardive et insuffisante.

Pour Bernard Jomier, sénateur PS, médecin et patron de la mission Covid, "on a perdu beaucoup de temps, le chef de l’État le sait, on ne retrouvera pas les vies perdues, six semaines à 200 ou 300 décès par jour". Un constat et des chiffres terribles.

"On ne parie pas sur la vie des gens", a tweeté Julien Bayou (EELV) quand Éric Ciotti (LR) a dénoncé le "pari perdu d’Emmanuel Macron qui en janvier a refusé d’écouter les conseils scientifiques par calcul politique".

"En refusant toute anticipation et toute prise de décision forte fin janvier, l’exécutif se retrouve à la mi-mars obligé de durcir mais pas trop les dispositions, en confinant sans confiner, avec une efficacité qui sera faible", a également déploré le collectif de médecins Du côté de la science.

La courbe de l’épidémie sera-t-elle l’arbitre du scrutin, comme celle du chômage pour François Hollande ?

Le succès de la campagne vaccinale sera en tout cas crucial. Or la suspension temporaire du vaccin d’AstraZeneca, pour - officiellement - rassurer, vient de déboucher sur une recommandation de le réserver aux plus de 55 ans, frein potentiel aux vaccinations.