Europe

Bourrasques et sécheresse ont compliqué dimanche soir la lutte contre un incendie d'une "extraordinaire difficulté" qui fait rage depuis samedi dans une région montagneuse du centre du Portugal, où le feu avait tué une centaine de personnes en 2017.

Les rafales de vents aux directions changeantes, par une température de 35 degrés, ont provoqué de nombreuses reprises de feu alors que les pompiers avaient initialement espéré réussir à circonscrire les différents sinistres dans la journée.

"La situation est encore très grave face à un incendie d'une extraordinaire difficulté et d'une extrême violence de propagation", a commenté le commandant de la Protection civile pour la région centre, Luis Belo Costa, lors d'un point de presse.

Plusieurs maisons ont été détruites, a-t-il ajouté sans donner d'autres précisions. Les habitants des villages touchés tentaient de protéger leurs biens avec des seaux d'eau et des tuyaux d'arrosage, selon les images retransmises par les chaines de télévision.

Alors que la vingtaine d'avions et hélicoptères bombardiers d'eau rejoignaient leur base à la nuit tombée, la protection civile mobilisait à 21H00 (20H00 GMT) plus de 1.700 pompiers et 500 véhicules contre les incendies, soit 1.000 hommes de plus que la veille au soir.

A la demande du Portugal, les satellites du programme Copernicus de l'Union européenne "produisent des cartes satellitaires des feux de forêt qui affectent la région de Castelo Branco", a annoncé sur Twitter le commissaire européen chargé de la gestion des crises, Christos Stylianides.

Les incendies ont fait 30 blessés dans cette région, selon un bilan du ministère de l'Intérieur. Un civil grièvement brûlé a été évacué en hélicoptère vers Lisbonne, à 200 km au sud.

Une grande partie du dispositif contre les incendies d'une ampleur rarement atteinte - 840 pompiers, 250 véhicules - était à l'oeuvre sur un incendie qui a démarré près de la commune de Vila de Rei et a parcouru 25 kilomètres en ligne droite depuis son point d'origine.

Dans la nuit de samedi à dimanche, plusieurs hameaux avaient été évacués par précaution.


"Chose étrange"

Deux autres feux de forêts de grande dimension qui s'étaient déclarés samedi ont été circonscrits dans la nuit. L'un d'eux a été donné comme complètement maîtrisé en fin de matinée.

"L'origine des incendies fait l'objet d'une enquête. (...) Chose étrange : comment se fait-il que cinq feux de taille significative commencent dans des zones si rapprochées ?" a demandé le ministre portugais de l'Intérieur Eduardo Cabrita lors d'une conférence de presse.

Un incendiaire présumé a été arrêté dimanche à Castelo Branco, selon la police judiciaire. Cet homme de 55 ans est soupçonné d'avoir allumé un feu près de la ville, mais n'a vraisemblablement pas joué de rôle dans les vastes incendies qui se sont déclenchés dans l'après-midi de samedi.

Cinq régions du centre et du sud du Portugal étaient placées dimanche en alerte maximale aux incendies.

Le centre du pays, vallonné et couvert de forêts, est régulièrement la proie des feux de forêt. Les plus meurtriers de l'histoire du pays avaient tué 114 personnes en deux vagues, en juin puis en octobre 2017.

Très touchées par l'exode rural, ces régions ne sont plus guère habitées que par des personnes âgées, dans des villages au milieu de forêts d'eucalyptus, une essence extrêmement inflammable mais très demandée par l'industrie du papier. Malgré les risques, les habitants plantent ces essences qui poussent très vite et représentent une source de revenus non négligeable.

Champs et pâturages abandonnés, forêts moins bien entretenues et sous-bois non débroussaillés facilitent la propagation du feu.

Le Portugal reste traumatisé par les catastrophes de 2017 et le gouvernement a déployé d'importants moyens pour éviter qu'elles ne se répètent.

Début juin, il avait décidé de nationaliser le système de communications d'urgence (SIRESP), qui avait connu des défaillances lors des incendies meurtriers de 2017. Les pompiers, alors sous-équipés en moyens de transmission, avaient eu du mal à coordonner leurs opérations et à couper les routes à temps pour éviter aux automobilistes d'être piégés par les flammes.

Selon une étude du système européen d'information sur les incendies de forêt (EFFIS) publiée en mai, plus de 250.000 hectares sont partis en fumée à travers l'Europe entre janvier et avril 2019, un total qui a déjà dépassé les 181.000 hectares brûlés pendant toute la saison des feux 2018.

Et fin juin, pendant la première vague de chaleur de l'été qui a affecté une grande partie de l'Europe, des milliers d'hectares étaient partis en fumée en Espagne, notamment en Catalogne.