"Anticipation et adaptation": les autorités se préparent à faire face à l'augmentation des cas de coronavirus en espérant rendre l'épidémie "la plus courte et la plus petite possible".

"Nous sommes au tout début de cette épidémie", a insisté Emmanuel Macron qui s'est rendu mardi matin au centre d'appel (15) du Samu de l'hôpital parisien Necker-Enfants malades, qui reçoit environ 6.000 appels par jour, le double qu'en temps normal. "Cette première ligne tient le coup", a-t-il salué.

Selon le nouveau bilan du ministère de la Santé, trente personnes sont décédées et 1.606 au total ont été contaminées par le nouveau coronavirus. Pour le ministère, la France est toujours au stade 2 de l'alerte, renforcé dans "certains départements où le virus circule et progresse avec beaucoup d'intensité".

"Nous avons anticipé, nous sommes préparés", a martelé le chef de l'Etat qui a rappelé que "85% des cas sont de formes bénignes".

La mission du 15 est de faire le tri entre les urgences "normales" et celles relatives au coronavirus: à Mulhouse, foyer majeur de l'infection en France depuis un vaste rassemblement évangélique fin février, l'hôpital Emile-Muller reçoit 500 à 600 appels par jour et s'attend à devoir en gérer jusqu'à 1.400. "C'est un énorme défi (...) On est sur le pied de guerre (...) Toutes nos équipes sont sur le front", selon Corinne Krencker, directrice du Groupe hospitalier régional.

Précautions à l'Elysée 

Par précaution, l'Elysée a nettement renforcé les mesures de protection autour du Président et de ses collaborateurs, en limitant visites et réunions. Son directeur de cabinet, Patrick Strzoda, l'un de ses plus proches collaborateurs, a été prié de télétravailler chez lui mardi car il a été au contact d'un cas positif la semaine dernière.

Le ministre de la Culture, Franck Riester, testé positif, a été confiné à son domicile. "Je vais bien", affirme-t-il mardi sur Facebook. Il avait côtoyé la semaine dernière deux des cinq députés malades.

La hantise des autorités est d'éviter une situation d'engorgement à l'italienne, où les hôpitaux débordés contraignent les médecins à des choix douloureux entre les malades, selon leur âge.

"Nous anticipons, nous adaptons, nous regardons ce qui se passe à l'étranger, nous consultons énormément les experts", a garanti le ministre de la Santé Olivier Véran sur Franceinfo.

Quelque 150 hôpitaux sont mobilisés, prêts à activer leur "plan blanc" pour être en mesure d'"accueillir de A à Z des patients atteints du coronavirus, y compris en réanimation", a précisé M. Véran.

Environ 1.000 tests de dépistage du coronavirus sont pratiqués chaque jour, précise le ministère. Pour augmenter les capacités, le gouvernement a autorisé par arrêté publié dimanche les laboratoires de ville à tester les patients suspectés.

Mardi, le syndicat des biologistes a réclamé aux autorités des "masques de protection FFP2, mais aussi des masques chirurgicaux indispensables pour prendre en charge les patients à risque" et qui font défaut aux établissements.

Pour freiner au maximum la propagation du virus, outre la fermetures des écoles dans les régions les plus touchées, tous les rassemblements de plus de 1.000 personnes sont interdits en France, en plein air comme en milieu clos ce qui affecte notamment les événements sportifs et culturels. Cette interdiction court jusqu'au 15 avril, selon l'arrêté paru mardi au Journal officiel.

Matches L1 et L2 à huis clos 

Tous les matches de Ligue 1 et Ligue 2 prévus d'ici à cette date auront donc lieu "à huis clos total", a annoncé mardi la Ligue de football professionnel (LFP). les modalités du huis clos seront définies mercredi.

Face à la propagation de l'épidémie en Europe, où les 27 pays membres de l'UE sont touchés, les dirigeants européens doivent se concerter par visioconférence. Lundi, M. Macron avait souhaité "plus de coordination européenne et internationale".

"La différence avec l'Italie, c'est que nous n'empêchons pas la vie sociale, économique, démocratique, lorsqu'elle est possible, de continuer" en France, a mis en avant le ministre de la Santé, expliquant que "si on ferme tout, si on dit aux gens de plus aller travailler alors vous paralysez aussi les hôpitaux et la médecine de ville".

A l'approche des municipales, que le gouvernement exclut de reporter, plusieurs personnalités exhortent les Français à ne pas bouder les isoloirs, "pas plus dangereux" que le supermarché fait valoir M. Véran. "Venez voter avec des gants, avec des bonnets, avec des masques, mais venez voter!", a lancé le député de l'Oise (LR) Eric Woerth.

Le ministère de l'Intérieur s'emploie à faciliter la délivrance de procurations pour les personnes vulnérables ou confinées, en particulier dans les Ehpad: elles peuvent déjà demander à un officier de police de se déplacer pour recueillir leurs demandes de procurations.