Le brigadier-chef Amar Benmohamed, officier de police judiciaire, a plusieurs fois alerté sa hiérarchie ces dernières années sur le comportement de certains de ses collègues, rapporte Streetpress, le magazine français qui révèle l'affaire. "Au total, sur un peu plus de deux ans, plus de mille prévenus ont été maltraités. C’est même sans doute plus", explique Amar Benmohamed, qui a également témoigné dans le cadre d'une enquête menée par l'IGPN pour "mauvais traitements, propos à caractère discriminatoire et propos injurieux susceptibles d'avoir été infligés à des personnes déférées au tribunal de grande instance de Paris". Une enquête qui n'est pas remontée jusqu'au procureur, même si elle a conclu à des "faits de racisme répétés", raconte également l'avocat d'Amar Benmohamed.

Sur les deux dernières années, l'officier de police judiciaire a complété des rapports avec toutes ses observations. Pour lui, les faits de maltraitances ont débuté lorsque les équipes qui gèrent les cellules du tribunal de Paris, situées au sous-sol du bâtiment, ont changé. Des jeunes sortis tout droit de l'école de police ont remplacé des personnes expérimentées. Rapidement, ces nouvelles recrues auraient adopté des comportements inappropriés, raconte Amar Benmohamed : "lls appellent tous les déférés “les bâtards”. “Il reste à manger pour les bâtards ?” ou “Ramène ce bâtard en cellule”. Le mot est entré dans le langage courant et tout le monde a suivi, gradés compris. Sauf deux officiers". Il dénonce également les insultes racistes, entre autres, proférées quotidiennement à l'encontre des détenus, comme "sale bougnoule", "négro" ou "sale race".

Amar Benmohamed révèle aussi que certains détenus auraient été privés de nourriture et d'eau, de soins ou encore, réveillés en pleine nuit sans aucune raison par une gardienne de cellule. Des objets appartenant aux détenus auraient également été volés à de nombreuses reprises. Une dizaine d'avocats, également contactés par Streetpress, ont eux aussi affirmé avoir reçu des témoignages allant dans ce sens de leurs clients étant passés par ces cellules du tribunal.

Rappels à l'ordre de la hiérarchie

Plusieurs fois, avec d'autres collègues qui ne cautionnent pas ce genre de comportement, le brigadier-chef a rapporté les faits à sa hiérarchie, qui a envoyé des mails rappelant les règles "de bonne conduite" avec les personnes en cellule. "Les propos à caractère racistes/injurieux/discriminatoires, que ce soit à l’égard des déférés ou même entre agents constituent des manquements graves susceptibles de poursuites judiciaires et administratives. Ils sont donc à proscrire", ont ainsi, à plusieurs reprises, rappelé des gradés dans des courriers électroniques envoyés au personnel, en mars et août 2019.

Pour le moment, la justice n'a pas encore été saisie dans cette affaire. Sur Franceinfo, Arié Alimi, l'avocat d'Amar Benmohamed espère que les choses vont rapidement bouger, car la situation est "particulièrement grave", martèle-t-il. "C'est sous les pieds des magistrats que tout cela se passe, au vu et au su de toutes les autorités préfectorales, puisque le dépôt du palais de justice dépend de la préfecture de police de Paris. Ce que l'on attend, c'est qu'enfin les autorités judiciaires se saisissent de ces faits d'une gravité extrême, et fassent le ménage dans ces 'écuries d'Augias' que constitue le dépôt du palais de justice de Paris", a-t-il encore dénoncé.