Un tribunal russe a ordonné lundi le placement en détention de l'opposant Alexeï Navalny pour 30 jours à compter de son arrestation controversée la veille, à son arrivée à Moscou, après cinq mois de convalescence. "Alexeï Navalny est placé en détention pour 30 jours, jusqu'au 15 février", a indiqué son avocat Vadim Kobzev sur Twitter.

L'opposant a appelé les Russes à descendre "dans la rue" contre le pouvoir, dans une vidéo diffusée quelques minutes avant cette décision de justice. "Ce que ces bandits (au pouvoir) craignent le plus, vous le savez, c'est que les gens descendent dans la rue (...) alors n'ayez pas peur, descendez dans la rue, pas pour moi mais pour vous même, pour votre avenir", a-t-il dit dans une vidéo filmée dans la salle d'audience et diffusée sur les réseaux sociaux.

Son bras droit, Léonid Volkov a immédiatement annoncé l'organisation "de grandes manifestations dans tout le pays le 23 janvier".

L'appel intervient aussi alors que le camp de l'opposant préparait une campagne active en vue des législatives prévues en septembre, sur fond d'érosion croissante de la popularité du parti du Kremlin, Russie unie.

Charismatique militant anti-corruption et ennemi juré de l'élite politique russe, M. Navalny, 44 ans, accuse le président Vladimir Poutine d'avoir ordonné son assassinat au neurotoxique Novitchok en août, ce que la Russie nie.

Ayant survécu à cet empoisonnement présumé, transféré dans le coma à Berlin, il a été soigné cinq mois en Allemagne. Dimanche, il est revenu à Moscou mais a été interpellé dès son arrivée, le service pénitentiaire (FSIN), lui reprochant d'avoir violé des mesures de contrôle judiciaire en allant se faire soigner à l'étranger.

M. Navalny a ironisé sur cette situation: "Nous avons essayé de te tuer, t'es pas mort, tu nous as vexés alors on t'enferme".

L'incarcération de l'opposant a été prononcée lors d'une audience improvisée au commissariat de Khimki, banlieue moscovite, où il avait passé la nuit. Des partisans de l'opposant attendaient dehors par -20°C, scandant "liberté".

M. Navalny avait dénoncé plus tôt une "parodie de justice" organisée dans "l'illégalité la plus totale".

"Pépé, dans son bunker, a tellement peur, qu'on déchire et qu'on jette le code de procédure pénale à la poubelle", a-t-il ajouté, en référence à Vladimir Poutine et au fait qu'un tribunal siège dans un commissariat.